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LES
PAYSAGES LITTORAUX |

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Estran
étendu, plat, incertain, où se succèdent
les multiples étapes du passage de la terre à
la mer: paysage de lisière.
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Brusquement,
dans le marais, au passage d'un pont, apparaît le paysage
linéaire d'un canal bordé d'arbres.
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La succession
des courbes du rivage, de la plage et de la forêt forme
une composition simple mais de qualité.
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En hiver,
les lignes dorées des roseaux se détachent sur
le vert brillant des prairies et soulignent le parcours labyrinthique
de l'eau. Ce sont les formes végétales les plus
représentatives du marais de Brouage.
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La production
ostréicole de Marennes-Oléron invente des paysages
tout d'eau et de lumière.
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Dans un
véritable labyrinthe d'eau et de terre, les claires
ostréicoles multiplient les reflets du ciel.
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Marais
à jas et bosses portent les traces des anciens marais
salants.
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Les
paysages littoraux comprennent les îles, presqu'îles
et côtes rocheuses, les grands marais littoraux et les
espaces de la Gironde (rives, estuaire et côtes). Le littoral
est porteur de très puissantes représentations
par la peinture ou la littérature mais aussi par les
formes modernes du tourisme, du cinéma, de la télévision.
On ne compte plus les nombreuses émissions télévisées
françaises et étrangères au Fort Boyard
notamment. Les côtes régionales forment les paysages
dont l'iconographie est, de loin, la plus nombreuse. La présence
de la mer, de ses horizons et de sa lumière, impose une
identification spécifique des secteurs qui la côtoient.
Certains marais pourraient sur certains critères être
associés aux plaines d'openfields, de même que
certaines côtes aux terres boisées. Cependant,
ces territoires présentent une succession de paysages
beaucoup plus dense que ce qui apparaît en traversant
les plaines ou terres boisées de l'intérieur.
En outre, la force paysagère de la mer est telle que
sa proximité modifie la perception des lieux. Ces types
de paysages concernent environ 6% du territoire régional
et comprennent les secteurs suivants :
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I
- L'AMBIANCE
PAYSAGERE |
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I1
- LES REPRESENTATIONS : littéraires, picturares… |
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On aborde les îles (Ré, Oléron, Aix…)
avec un imaginaire chargé.
Les représentations existantes sont aussi multiples
que diverses…
"Il
y avait autrefois un grand nombre d'îles dont il ne reste
plus aujourd'hui baignées de la mer que celle d'Oléron,
de Ré, de l'Oye, d'Aix, de l'île Madame, d'Ainet
et de la Dive" La toponymie confirme ce jugement de Claude
Masse, ingénieur de Louis XIV, lors de ses relevés
topographiques le long de la côte d'Aunis et de
la Saintonge. A l'intérieur des terres, de nombreux villages
ou lieux-dits, entourés de marais, portent des noms rappelant
le temps où ces terres étaient isolées
par des eaux abondantes. Depuis l'Aunis, avec l'Isleau, l'Ile
d'Albe, jusqu'au bord de la Seudre avec l'Illate, l'île
de Nôle ou l'île Marteau, tous ces appendices insulaires
et péninsulaires formaient l'ancien "colloque des Iles".
"Quant à l'Océan, il semble pénétrer
le littoral, formant une véritable mer intérieure,
où se constitue un puzzle géant d'estuaires, de
pertuis, d'îles et de marais. La vie se concentrait sur
ces articulations insulaires et péninsulaires". D.
et P. Jacquin "Récits et contes populaires d'Aunis
et de Saintonge"
Les
représentations sont très nombreuses notamment
pour l'île de Ré. On rencontre très
souvent, dans les guides et la documentation touristique, l’appellation
"île blanche", en référence aux murs des
maisons, aux roches, aux sables, (peut-être aux oiseaux),
qui lui donnent leur lumière douce. La documentation
touristique n’est pas avare de photos, et ce sont les ports
qui en ont la faveur, en tout premier lieu celui de Saint Martin
de Ré ou de la Cotinière sur Oléron.
Sur
Ré et dans une moindre mesure sur Oléron,
on assiste à un phénomène assez caractéristique
des lieux de villégiature : des galeries d’art ont vu
le jour, destinées à meubler les maisons de vacances.
Les paysages de l’île elle-même sont par prédilection
représentés. On trouve ainsi un nombre très
impressionnant d’aquarelles, d’huiles et de reproductions représentant
une rue de village étroite, aux maisons basses, aux murs
chaulés, aux volets bleus ou verts, avec ses roses trémières.
L’image
est très présente, et prépare fortement
le regard aux promenades dans les villages. Ces images sont
si fortes et si nombreuses que l'on ne sait plus si elles ont
servi de modèle ou si elles se sont efforcées
de ressembler, à posteriori, à l’image que l’on
en donnait. Ce modèle est en tout cas devenu emblématique
de ces deux îles. Un autre cliché se rapporte à
l’île de Ré : c’est celui des ânes
en culotte et des femmes en coiffe "kichenotte", mais que l’on
ne rencontre plus guère que sur les cartes postales ou
lors des fêtes folkloriques.
À
Oléron, les vues aériennes sont
les plus nombreuses. De ce fait, il est difficile de confronter
cette image préalablement inscrite dans notre regard
lors d'un séjour ou d'une visite… Ce type de représentations
apparaît dans les guides touristiques, dans des travaux
plus artistiques comme ceux du photographe Hugues Chemin : les
parcs à huîtres et les nombreux effets plastiques
de l’estran dominent ses sujets. La maison d'édition
"Le Local" diffuse des images plus traditionnelles d'Oléron,
ainsi que des textes fort instructifs sur les usages, pratiques
et modes de vie insulaires.
Ce
qui domine aujourd’hui reste tout de même la vocation
touristique : on s’attend à trouver des plages, du soleil,
un certain dépaysement par rapport aux univers urbains.
C’est ce que "vendent" les dépliants qui, en vantant
les conditions exceptionnelles d’ensoleillement (les mêmes
que la Côte d’Azur), parlent d’une "île de rêve"
pour Ré, jolie formule pour un lieu à
part, tant dans son insularité que dans son ambiance.
L'histoire
du pont a, elle aussi, laissé des traces dans les mémoires
: on connaît par avance son allure, et le procès
de perte d’insularité qui lui a été fait.
En l'abordant, on s’apprête à expertiser tout cela
par sa propre expérience.
Enfin,
ce rapide tour d’horizon des préalables artistiques serait
incomplet sans citer Pierre Loti, dont l’île forme la
tombe, l’origine familiale, les souvenirs indélébiles
des paysages de l’adolescence. Le guide bleu reprend une description
proprement paysagère de la côte sauvage : "La
grand’côte ou la côte sauvage est toute cette partie
de l’île qui regarde le large, les infinis de l’océan
; partie sans cesse battue par les vents d’ouest. Ses plages
s’étendent sans aucune courbure, droites, infinies, et
les brisants de la mer, arrêtés par rien, aussi
majestueux qu’à la côte saharienne, y déroulent,
sur des lieues de longueur, avec de grands bruits, leurs tristes
volutes blanches. Région âpre, avec des espaces
déserts ; région de sables, où de tout
petits arbres, des chênes verts nains s’aplatissent à
l’abri des dunes. Une flore spéciale, étrange
et, tout l’été, une profusion d’œillets roses
qui embaument. Deux ou trois villages seulement, séparés
par des solitudes ; villages aux maisonnettes basses, aussi
blanches de chaux que des casbahs d’Algérie et entourées
de certaines espèces de fleurs qui peuvent résister
au vent marin. Des pêcheurs bruns y habitent : race vaillante
et honnête, restée très primitive à
l’époque dont je parle, car jamais les baigneurs n’étaient
venus dans ces parages."
Les
presqu'îles et autres côtes rocheuses continentales
n'ont pour ainsi dire pas fait l'objet pour elles-mêmes
de représentations littéraires ou picturales.
Elles participent cependant à l'évocation d'un
rivage aujourd'hui disparu et fortement ancré dans
l'imaginaire charentais.
La
tradition a conservé l'image d'une côte instable,
jouet de l'érosion marine et de l'alluvionnement des
rivières du littoral, de la création du golfe
des Santons jusqu'au rattachement des îles, en passant
par l'envasement de Brouage et la mouvance des
dunes d'Arvert. La presqu'île de Marennes
est rattachée dans la mémoire collective au domaine
ostréicole de Marennes-Oléron. Pour ceux que l'île
d'Oléron attire, la presqu'île de
Marennes est également le passage obligé
sur une étroite langue de terre avant le pont qui enjambe
le pertuis de Maumusson.
Par
contre, les guides touristiques associent la presqu'île
d'Arvert à la côte de Beauté
qui constitue son littoral girondin. Elle partage avec cette
dernière ainsi qu'avec l'Ile d'Oléron,
dont elle n'est séparée que par le mince pertuis
de Maumusson les attendus de plaisirs estivaux offerts
par la présence d'eau, de sable et de forêt. Son
littoral océanique porte le nom de "côte sauvage",
évoquant le danger des "baïnes", ces bancs de sables
parallèles à la côte formant des cuvettes
naturelles où l'eau tourbillonne. Les légendes
rapportent d'ailleurs les naufrages aussi bien que les mentions
de cités englouties par les dunes : "C'est une côte
dangereuse où les naufrages furent légion. Vers
1850, on pouvait voir, près de la tour de Bonne Anse,
un jardin entouré de poulaines de navires, épaves
sinistres… Anchoine : ville mystérieuse enfouie sous
la mer ou sous les sables, à l'embouchure de la Seudre,
près de Ronce les bains."
(in "Légendes et Contes d'Aunis et de Saintonge",
Robert Colle).
La
progression des dunes qui engloutissent villages et hameaux
sur leur passage à la vitesse de 1m en 4 heures sous
l'effet des vents d'ouest, est à l'origine du dicton
populaire "Les montagnes marchent en Arvert". Il rappelle
l'incessante modification du rivage résultant du combat
entre terre et océan, qui a aussi fabriqué les
marais de la presqu'île, vestiges d'anciens golfes marins
comblés par les sédiments.
Excepté
pour la Grande Côte sur Oléron, le
toponyme de Côte Sauvage isole à lui seul le littoral
d'Arvert des autres rivages continentaux charentais : les dix
kilomètres de plage pleins ouest sont les seuls à
offrir le net face à face avec l'océan qui est
refusé aux rivages de la Mer des Pertuis. Vers l'intérieur
des terres, la presqu'île propose des paysages moins différenciés
de campagnes céréalières. Le pittoresque
des villages lui a tout de même valu quelques représentations,
dont une peinture signalée par la bibliographie : Saint
André, "Etaules ou le jardin au Soleil", Musée
des Beaux-Arts de Poitiers.
Les
marais, des représentations hésitantes, parfois
réductrices
"…une
sorte de Beauce maritime…" : l’expression résume
l’hésitation que suscitent le nom et l’apparence du Marais
Poitevin (marais desséchés / mouillés hors
Venise Verte).
On
la trouve dans l’ouvrage récent "paysages de Marais",
(publié en 1996 par J.P. de Monza, sous la direction
de P.Donnadieu), qui traite de tous les Marais de France.
Elle paraît actuellement assez juste.
Il
faut relever que le nom même de Marais, qu’il a été
choisi de donner à ce secteur, porte en lui-même
un imaginaire fort, qui déclenche une attente d’eau,
de marécages, de barques, de poissons, de grenouilles
et de libellules… Ce qui se présente à la perception
ressemble davantage à de vastes espaces plats, aménagés.
Pourtant des parcours plus approfondis de ce territoire montrent
une grande diversité de marais : marais desséchés,
marais mouillés, polders récents, prises à
la mer, marais bocagers etc.
Autre
fait certaines cartes routières persistent à signaler
le territoire du Parc Naturel Régional. Cette dénomination
déclenche par elle-même l’attente de paysages à
la fois naturels et surprenants, spécifiques d’une région
; cette attente se trouve en quelque sorte déçue
en dehors de la Venise Verte. Son voisinage accentue par contraste
les caractères ordinaires du marais desséché.
Pour ceux qui ont été touchés par la médiatisation
des débats autour du Marais Poitevin, l’imaginaire
est marqué par les drainages et l’essor de la grande
culture, et le nom sonne comme le symbole de l’hégémonie
du rendement, au détriment des équilibres naturels
et des paysages plus spécifiques.
Ce
décalage de représentations apparaît également
dans le secteur des marais de Rochefort, où c'est une
vaste plaine d'openfields qui s'impose à la perception.
Cette luxuriance tactile et cette mouvance des herbes hautes,
associées habituellement aux zones humides, ne s'offrent
qu'au regard du promeneur aventureux en quête de nature
dans quelques lieux plus retirés.
Des
écrivains, Loti en tête, ont pourtant très
subtilement décrit les paysages du Rochefortais.
(...)
"Pauvres campagnes de mon pays, monotones mais que j'aime quand
même ; monotones unies, pareilles ; prairies de foins
et de marguerites où en ces temps là je disparaissais,
enfoui sous les tiges vertes ; champs de blé avec des
sentiers d'aubépines ... Du côté de l'Ouest,
au bout des lointains, je cherchais des yeux la mer qui, parfois
montrait au-dessus de ces lignes déjà si planes,
une autre petite raie bleuâtre plus complètement
droite, - et attirante, attirante à la longue comme un
grand aimant patient, sûr de sa puissance et pouvant attendre."
(...)
(...) "Deux kilomètres d'une avenue bien droite, bordée
en ce temps là de vieux arbres rabougris, qui étaient
absolument jaunes de lichen et qui portaient tous la chevelure
inclinée vers la gauche, à cause des vents marins,
soufflant constamment de l'ouest dans les grandes prairies vides
d'alentour.
Pour les gens qui ont sur le paysage des idées de
convention, et auxquels il faut absolument le site de vignette,
l'eau courante entre les peupliers et la montagne surmontée
du vieux château, pour ces gens là, il est admis
d'avance que cette pauvre route est très laide. Moi je
la trouve exquise, malgré les lignes unies de son horizon.
De droite et de gauche, rien cependant, rien que des plaines
d'herbages où des troupeaux de bœufs se promènent.
Et en avant, sur toute l'étendue du lointain, quelque
chose qui semble murer les prairies, un peu tristement, comme
un long rempart : c'est l'arrête du plateau pierreux d'en
face, en bas duquel la rivière coule ; c'est l'autre
rive, plus élevée que celle-ci et d'une nature
différente, mais aussi plane, aussi monotone. Et dans
cette monotonie réside précisément pour
moi, le charme très incompris de nos contrées
; sur de grands espaces souvent la tranquillité de leur
ligne est ininterrompue et profonde."
Pierre Loti "Le Roman d'un enfant" - 1890
Quant
au marais de Brouage, on y vient pour découvrir
la citadelle fortifiée des cartes postales et dépliants
touristiques. Celle-ci constitue l'étape incontournable
dans la découverte des fortifications du littoral charentais
: "étoile de pierre au cœur du marais". Le "plus
beau havre de France" est aujourd'hui déserté
par la mer. Abandonné au cœur des terres par l'avancée
du rivage, la ville de Brouage permet aujourd'hui une découverte
privilégiée du marais depuis le haut de ses remparts,
la seule peut-être pour beaucoup...
On
vient aussi au marais de Brouage en amoureux des oiseaux, puisqu'il
est une étape importante dans leurs migrations au travers
de l'Europe, et qu'il abrite la réserve naturelle de
Moëze.
Pour
les marais de la Seudre, c'est moins le nom de
"marais de la Seudre" que celui de "bassin de Marennes-Oléron"
qui suscite les images de paysage quadrillé par les marais
et les parcs ostréicoles de ce "Pays de l'Huître
Verte".
"Les
saulniers de la Tremblade et de Marennes se sont occupés
avec succès des moyens de reproduire une huître
qui se trouve sur les côtes de ce département.
Ils les enlèvent à marée basse des lieux
où elles sont nées depuis la pointe du Fort Chapus
jusqu'à l'île d'Aix. Ils choisissent celles qui
sont isolées, petites, bien faites et les déposent
dans des parcs appelés claires... l'huître devient
d'autant plus belle et délicate qu'elle a été
mise plus petite dans les claires." D. et P. Jacquin "Récits
et contes populaires d'Aunis et de Saintonge".
La
production d'huîtres et la reconnaissance de la qualité
de cette production entraînent la valorisation des paysages
de la baie qui, de ce fait, ne souffre pas du déficit
d'image commun aux autres marais littoraux charentais. Toutefois
il faut généralement faire appel à la perception
aérienne souvent utilisée par l'imagerie touristique
ou cartographique pour entrevoir l'intérêt et la
complexité de ces paysages d'imbrication de terre et
d'eau ; ces paysages qui se laissent peu appréhender
sur le terrain mais qui recèlent un charme rare et envoûtant...
(les dégustations de fruits de mer sortis des viviers,
les barques, les cabanes, les couleurs,...) "Déjà
nous passons la Seudre près de l'estuaire, (...) Pays
des bateaux haletants, des roseaux, des vents ardents et des
ciels scintillants. C'est un monde, un univers, qui a une odeur
et un goût d'huître, avec une activité d'hommes
et de femmes qui n'existe nulle part ailleurs..."
Jean Prasteau.
"Dans
l'un de ces cabanons noirs, plantés au-dessus de la vase,
qui servent d'abris et de magasins à outils aux paysans
du marais, éleveurs d'huîtres. Ce paysage (...)
avec ses lignes douces et horizontales, ses bassins multiples
plus ou moins remplis d'eau, selon un jeu d'écluses permettant
de réserver l'eau des parcs entre deux marées,
avec ses canaux verts pâles, noyés de mer ou tapissés
de boue fine, au gris profond et nacré, parfois moiré
d'une tache arc-en-ciel de pétrole, avec son réseau
de talus cloisonnant les parcs comme un labyrinthe à
l'envers - ici on voit tout, on court sur le faîte des
murs - où l'on peut s'allonger dans les hautes herbes
face au ciel sans être aperçu du village et dans
le fond, vers l'Océan, le clocher d'argent de Marennes."
Michel Braudeau, "Naissance d'une passion" 1985.
Un
tableau de Furcy De Lavault, "Matinée de septembre
en Saintonge", Musée des Beaux-Arts de Poitiers,
restitue la douceur des tons vert, bleu et ocre des herbes des
marais de Gironde. D'autres représentations
liées à l'estuaire lui-même permettent de
se faire une idée des lumières particulières
de ce secteur. "La Gironde est aussi parfois, une mer de
paille. Elle est encore, quand il lui plaît, une mer d'airain,
d'étain, de plomb ou d'acier mat. Mais en vérité,
les tons changeants de ses eaux et de ses vases se fondent dans
la lumière. Et la lumière peut tout. Elle peut
étaler des perles et des nacres, des bleus, des gris,
des roses, précieux et périssables. Elle peut
aussi faire éclater, (...) entre le ciel et l'eau, de
longs rayons d'or et d'argent."
Pierre Sire, "Le Fleuve Impassible" 1980.
La
Côte de Beauté jouit d'une image forte, voire
légendaire…
Royan
et la Côte de Beauté forment la façade
sud de la presqu'île d'Arvert, occupant
une situation privilégiée face à l'océan
et à l'embouchure de la Gironde. Principale station balnéaire
de la région, Royan est un haut lieu touristique, dont
le nom évoque une architecture moderne, un port renommé
ainsi que les sites prestigieux l'environnant : ses plages de
sable fin nichées dans les creux des falaises couvertes
de pins et de chênes verts, l'immense plage de la Grande
Côte, Talmont juchée sur sa falaise, les grottes
de Meschers. Les témoignages des peintres et écrivains
de la région nous permettent de mesurer la rapidité
à laquelle la côte s'est transformée en
devenant une station balnéaire renommée, et nous
montrent que le paysage que nous percevons aujourd'hui est le
résultat de profondes et récentes mutations.
De
Saint-Georges-de-Didonne, Eugène Pelletan dit que c'est
"une bonne petite terre éclectique, entre le Nord
et le midi ; sans être ni l'un ni l'autre, elle participe
cependant de l'un et de l'autre à la fois... La dune
seule appartient en propre à Saint-Georges ; interposée
comme transition et comme opposition entre la terre et la mer,
elle donne une flore à part dans l'histoire de la botanique...
Et tout cela sur un espace étroit, en miniature, sous
la main, côte à côte ; la dune à toucher
la prairie ; le pin maritime murmurant sur le saule, incliné
lui-même sur le ruisseau ; et sur tout cela un ciel d'une
finesse et d'une délicatesse, d'une richesse et d'une
variété de ton à désespérer
le génie de Véronèse. C'est le pays du
ciel, me disait un jour un peintre de talent.
Voilà
Saint-Georges, ce petit chef-d'œuvre de nature laissé
dans l'ombre, jusqu'à ce qu'enfin le baigneur de Royan
voulut bien remarquer, en passant, un bouquet de chênes,
à peine séparé de la mer, par une épaisseur
de la dune, ..."
Eugène Pelletan, "Naissance d'une ville", - 1861.
"Près
de Royan, au bord de l'estuaire de la Gironde, il y a un village
nommé Talmont qui n'a presque plus d'habitants. A vrai
dire, ce n'est pas un village, mais une ancienne ville fortifiée,
minuscule capitale faite pour le loisir : une charrette ne passerait
pas dans le couloir étroit des rues. En guise de trottoirs,
une rangée de roses trémières élève
des hampes vertes et de petits bouquets devant les murs crépis
de blanc. Beaucoup de maisons ont croulé, mais les restes
de leurs murs font la clôture d'un jardin, et un prunier
occupe l'emplacement de l'ancienne cuisine. Tout est silence,
illumination de murs blancs et de hautes fleurs rosées,
dans la petite cité à demi abandonnée.
A l'extrême limite du rivage, bastion d'ivoire ciselé,
l'église romane domine la falaise de roche blanche. Le
fleuve élargi verse dans l'océan son flot bourbeux
; comme un fruit qui mûrit, dans les beaux jours il se
couvre d'un vernis glauque et de fines teintes d'iris pâle."
Jacques Chardonne, "Attachements", - 1943.
Comme
ailleurs sur le littoral, les traditions et légendes
mentionnent des villes disparues, comme la ville romaine de
Gériot ou Gana à Suzac ou la ville d'Anchoine,
qui aurait donné son nom à la forêt des
Combots d'Ansoine, mais qui n'a jamais été identifiée
ou localisée. Le Pont du diable à Saint Palais
fait allusion à une légende narrant le sauvetage,
avec l'aide de Palais, évêque de Saintes, d'une
princesse ensorcelée par une sorcière des Combots
(dans la forêt de la Palmyre). La ville de Saint Palais
aurait été fondée en remerciement de l'aide
apportée par l'évêque dans cette entreprise.
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I2
- LA PERCEPTION SENSIBLE DES PAYSAGES LITTORAUX |
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Les
îles (Ré, Oléron…) rassemblent sur une
petite surface des ambiances très typées : celle
des villages, des vignes ou des marais. Leur platitude conditionne
fortement la perception des différents secteurs qui
les composent, de même que le réseau routier,
qui offre peu d'alternatives… (ouest de Ré ou d'Oléron).
En
Ré, la présence de nombreuses bicyclettes,
l’absence de panneaux publicitaires, d’immeubles élevés,
d’industries ou de centres commerciaux, la rareté des
infrastructures aériennes, l’absence presque totale de
ruines, confèrent à l’ensemble de l’île
une ambiance rare, très soignée, qui contribue
à maintenir une sensation d’insularité. Cela renforce
l’impression de se trouver dans une sorte de contrée
"à part" et miniaturisée, bref un grand jardin
où les murs seraient remplacés par les côtes
: avec le contraste que l’île offre par rapport aux univers
quotidiens des citadins, on retrouve ici l'idée de "paradis"
que savent exploiter les économies touristiques et immobilières.
Des
villages traditionnels se prolongeant vers la mer avec leurs
secteurs "balnéaires"
On
voit se succéder les diverses facettes caractéristiques
: les villages traditionnels très conformes aux images
diffusées puis les secteurs "balnéaires" qui
les prolongent vers la mer où se succèdent villas
aux murs opaques, résidences, et campings arborés.
Sur Oléron, de part et d’autre de l’axe
formé par la RD26/RD734, les villages traditionnels sont
malheureusement très touchés par un développement
commercial sans grâce. Entre les villages, les terres
cultivées montrent surtout les parcelles de vigne, les
plus visibles puisqu’elles présentent les ceps en élévation,
et les forêts que l’on traverse forcément, sans
jamais perdre de vue les clochers des villages. Les marais viennent
compléter cette succession, poursuivant la platitude
générale des îles, dans l’expression de
la matière particulière un peu étrange
des salines sur Ré et des parcs à
huîtres sur Oléron.
Sur
le socle dunaire enfin, les forêts apportent non seulement
du relief par le sol qui les supporte mais aussi par leur volume
même (la dune de Domino forme le point culminant de l’île
d'Oléron).
Les
côtes des îles et leurs paysages intérieurs
sont dissociés
En
général, l’absence de relief n’occasionne pas
de vues élevées sur la mer dont les vagues déferlent
sur des plages bordées par un cordon dunaire qui les
isole de l’intérieur des terres. Les lieux où
l’île et ses côtes sont unies et qui sont aussi
les plus souvent photographiées et fréquentées,
correspondent aux ports, essentiellement Saint Martin, La Flotte
pour Ré, La Cotinière pour Oléron,
et aux phares des Baleines pour Ré et de
Chassiron pour Oléron.
Ailleurs,
les côtes présentent de grandes plages de sables
succédant à de vastes étendues de platières,
bordées par un cordon dunaire. Les cordons dunaires sont
en outre soulignés par les galivelles qui délimitent
nettement les surfaces de régénération
végétale. Il y a peu de chemins en contact direct
avec les côtes.
Les
platières de calcaire, la végétation d’algues
qui s’y fixe, les structures de protection contre l’érosion,
les retenues d’eau façonnent le paysage au contact avec
la mer. Mais il faut surtout souligner la mouvance de ce paysage
conditionné par les mouvements de marée qui en
dévoilent une plus ou moins grande étendue. La
météo également peut faire varier la lumière,
les couleurs et les brillances d’une façon très
contrastée. La visibilité sur les pertuis et les
côtes au large varie ainsi du tout au tout.
Les
paysages de presqu'îles annoncent bien souvent celui
des grandes plaines céréalières tout
en servant de fond aux paysages de marais qu'ils bornent
Pour
la presqu'île de Moëze, l'Aunis et
le nord de la Saintonge s'annoncent rapidement à travers
la progression vers l'intérieur. Le dégagement
du sol conditionne les perceptions, l'œil peut voler sur des
grandes étendues et ne rencontre que le ciel. Le moindre
objet se remarque et apparaît à l'horizon, clochers,
silos, châteaux d'eau viennent capter l'œil à la
rencontre du ciel et des champs. Le plateau est incliné
en pente douce vers le marais de Brouage ; exposé
au sud, il est le plus souvent inondé de lumière
en continuité avec le marais dont les limites sont peu
marquées. Au nord la presqu'île surplombe les étendues
inondables de l'estuaire de la Charente qui à cet endroit
atteint lui aussi les dimensions d'une petite mer intérieure.
Les
paysages des presqu'îles de Marennes et
dans une moindre mesure de Fouras se démarquent
nettement des paysages environnants par l'altitude du terrain
et par la présence de végétation arborée
qui les ponctuent. La situation en "balcon" de la levée
de terre est enrichie par l'alternance d'écrans et de
fenêtres qui, tour à tour, occultent où
cadrent les vues sur le marais. Au nord de la presqu'île
de Marennes par exemple, les vues sont dégagées
sur un marais aux couleurs multiples des pâturages, tandis
qu'au sud, le contre-jour éblouit du miroitement de l'eau
retenue dans les claires. La relative banalité des paysages
de la presqu'île rebondit sur la richesse apportée
par le contraste avec les secteurs voisins, mis en scène
lors des points de basculement et de passage d'un type de paysage
à l'autre. Les paysages des presqu'îles ne valent
pas uniquement pour eux-mêmes, mais en faire valoir des
espaces plans et ouverts des marais, qui leur donnent un cadre
référent remarquable.
La
presqu'île d'Arvert rassemble des ambiances
typées de boisements et de marais et celles moins caractérisées
de campagnes céréalières sur des plateaux
légèrement ondulés à mesure qu'on
s'avance vers l'intérieur des terres. La forêt
érigée sur les hauteurs des dunes ferme les horizons
du couchant, ses ambiances de pins évoquent les Landes
voisines et ses exhalaisons de térébenthine. C'est
un espace clos sur lui-même, sans échappatoire
sur les espaces voisins, mais propice à la sieste estivale,
à l'ombre sèche des pins maritimes. La forêt
est le passage obligé pour accéder, à pieds,
aux grandes plages de la côte Sauvage, dont le paysage
ouvert n'est par ailleurs pas associé aux découvertes
de la presqu'île.
Seules
l'arrivée par le pont sur la Seudre et l'ascension des
divers phares et balises donnent un accès à l'horizon
océanique. Les marais intérieurs de Saint-Augustin
et de Bréjat ont conservé une platitude évocatrice
de l'étang qui se formait autrefois à leur place,
encerclant les Mathes sur sa butte calcaire. La métaphore
insulaire fonctionne toujours avec une "île de bocage"
au milieu des pâturages marécageux.
Dans
les espaces amples et ouverts des marais, l'eau est toujours
présente, que ce soit physiquement à travers
les réseaux de canaux ou dans l'imaginaire, à
travers la vision de ces terres plates butant sur d'anciennes
côtes.
Ce
qui domine effectivement la perception du Marais Poitevin
(marais desséchés / mouillés hors Venise
Verte) et du marais de Rochefort, c'est
celle de grandes plaines cultivées et pâturées
: grands pays plats aux horizons infinis encore élargis
par l'ampleur de ciels immenses, tantôt lumineux, tantôt
chargés de pluies. Il faut cependant moduler cette perception
par un fait spécifique : l’horizontalité des sols,
parfaite, extrême, ne ressemble pas à celle d’une
plaine ordinaire. Dans une certaine mesure, cette terre plate
entre anciennes îles et anciennes côtes rappelle
la présence de l’eau. Cependant, rien ne semble mettre
en valeur cette singularité et c’est la banalité
de la plaine de cultures qui l’emporte, et fait du Marais
Poitevin (marais desséchés / mouillés hors
Venise Verte), un paysage qui s'oublie
trop vite.
Les
plaines du marais rochefortais sont proches des hautes terres
voisines de grande culture : les plaines d'Aunis et de
Saintonge ; terres à découvert, nues,
sans arbres, dominées par les bâtisses des coopératives
et les tours des silos. Dans ces paysages ouverts, on s'attache
à la ligne de contact entre marais et terre haute c'est-à-dire
à ce qui limite une telle assiette visuelle, aussi vaste.
Chaque repère élevé s'en détache
d'autant : alignements, "îles" et terres hautes, clochers…
La
vaste étendue du marais de Gironde présente
également une échelle démesurée
qui donne la prépondérance à l'horizon,
à la perception du ciel. La difficulté d'orientation
et de repérage ajoute à la monotonie ressentie.
Quand on se trouve adossé au coteau face à l'étendue
aquatique succédant à celle des terres gagnées
sur l'estuaire, on se retrouve privé de repères
; le contre-jour ne laisse que les impressions de lumière
et de couleur.
Des
paysages très changeants selon les caprices de l'eau,
des climats, des saisons.
Abordé
pour lui-même, le paysage du marais de Brouage
quant à lui, déroute. Lieu à la fois chargé
d'histoire et hors du temps. Pour peu qu'on découvre
le marais aux heures les plus chaudes de l'été,
le soleil y assèche les canaux, fendille l'argile et
fait jaunir les prairies. On y cherche alors ce qui fait sa
qualité de marais : la présence de l'eau. Elle
se fait plus forte au cœur de l'hiver, inondant le creux des
jas dont elle redessine la géométrie. Des lignes
dorées de roseaux se détachent sur le vert brillant
des prairies et y révèlent son parcours labyrinthique.
On
cherche aussi dans le marais les traces de l'activité
salicole passée. Des reliefs étranges, sur cette
étendue aussi plate que la surface maritime, donnent
quelques indices : les espaces où l'alternance régulière
des jas et des bosses est encore bien lisible sont les plus
évocateurs des anciens marais salants.
Mais
le plus souvent, l'œil se perd sur une étendue inondée
de ciel et dont il cherche les limites : il s'accroche alors
à la qualité particulière du sol du marais,
à la richesse des textures végétales, à
la finesse d'une ligne de roseau soulignant le passage d'un
canal, à l'envol d'un oiseau, aux traces d'un ragondin...
En l'absence de spectaculaire, l'intimité du marais se
découvre dans toute sa richesse en marchant, et au fil
du temps, de la façon très "tactile" dont on découvre
un jardin.
Les
événements les plus marquants, dans ce parcours
un peu monotone, sont l'approche des coteaux qui enveloppent
le marais, les lieux singuliers comme les grands canaux rectilignes,
les anciennes îles, et tous les lieux plus fortement imprégnés
de présence et d'activité humaine.
La
proximité du rivage se révèle progressivement,
avec le développement d'une ambiance littorale marquée
par le changement de la végétation, par les vases
fines et luisantes mises à nu à marée basse,
par les signes de l'activité ostréicole... Une
fois franchi le rempart des digues, le rivage se présente
comme un espace à part du marais : en contrebas, c'est
une lisière toute orientée vers l'espace maritime.
Les étendues de vase, découvertes à perte
de vue à marée basse, la présence drue
et sombre des îlots de spartine provoquent un rapport
particulier avec la mer : le rivage est un terrain à
la fois mouvant et végétal, où l'on n'ose
trop s'aventurer.
Les
marais de la Seudre proposent un paysage rare
de zones humides façonnées successivement par
les sauniers et les ostréiculteurs, ou laissées
à l'état naturel. C'est un milieu d'une singulière
originalité, dont la découverte n'est pas immédiate.
Il faut un certain entêtement pour emprunter le réseau
de routes et chemins sinueux ; chemins interrompus par des chenaux
ou l'estuaire lui-même. Ces routes entretiennent une profonde
familiarité avec le marais, dont elles respectent l'enchevêtrement
des méandres. Routes étroites et sinueuses, elles
participent à la découverte progressive et difficile
d'un milieu qui se cache, vaste étendue formée
de casiers d'eaux miroitantes, les claires, où verdissent
les huîtres. La maille serrée du réseau
hydrographique façonne un parcours labyrinthique, mais
qui toujours reste marqué par la présence de l'homme
qui l'a fabriqué. Pour peu que l'on découvre le
site à marée basse, l'ambiance lumineuse particulière
étonne : dans les chenaux, les bancs de vases présentent
un aspect soyeux et des reflets gris bleutés, renouvelés
par la marée qui vient les mouiller. Partout le ciel
et l'eau se teintent mutuellement de gris, de bleus, d'ocres
et de blanc, fidèles à la palette des camaïeux
charentais rehaussée par les touches de couleur franche
des cabanes et des embarcations.
La
côte de Beauté, riche d'un paysage aux multiples
facettes, contraste avec les autres côtes du département
: dotée d'une forte identité, elle constitue
de fait l'un des principaux visages de la Charente-Maritime.
La
Côte de Beauté est constituée d'un
ensemble de conches ou criques tapissées de sable, encadrées
par des falaises de calcaire recouvertes de pins et de chênes
verts, et de pointes rocheuses urbanisées, riches en
patrimoine balnéaire urbain. Elle forme une façade
prestigieuse de la région. Les conches et plages sont
ouvertes sur l'océan au nord de Royan, et bordent au
sud le puissant estuaire de la Gironde, bordé des falaises
vives de Meschers, Talmont, Saint-Seurin d'Uzet. Depuis les
rochers, de nombreux carrelets, petites pêcheries sur
pilotis typiques de la région, s'élancent au-dessus
des flots de l'estuaire sur leurs jambes grêles et forment
un trait d'union entre terre et eau.
Les
villes de la côte sont toutes orientées vers l'océan
Atlantique et vers la Gironde, en se démarquant ainsi
des autres villes de Saintonge. L'identité saintongeaise
se fait moins évidente, du fait du relief des falaises,
de la position particulière sur l'estuaire, du mélange
des architectures balnéaire et contemporaine, de l'ancienneté
de la vocation touristique du site. Royan, où se mêlent
architecture moderne et villas extravagantes du début
du siècle est la figure de proue de la Côte de
Beauté. L'église Notre-Dame, édifiée
en 1959 (dont le clocher atteint 60m de haut) domine la ville
et forme un repère remarquable.
La
ville joue un rôle de sentinelle à l'entrée
de la Gironde, aux portes de l'océan ; c'est aussi le
point de départ des bacs vers la pointe de Grave qui
se profile à l'horizon, à côté des
grues du port du Verdon, et vers le phare de Cordouan.
Le
lotissement du Parc, créé en 1885 par la municipalité
de Royan, recherche une nature sauvage, à l'image des
parcs anglais d'époque. Dans le prolongement du Parc
de Royan, Saint-Georges-de-Didonne présente ses lotissements
installés sur les dunes boisées, son arboretum,
et semble se fondre doucement dans la forêt de Suzac,
juchée sur la falaise.
Les
chemins des douaniers, en corniche sur la Gironde, bénéficient
non seulement d'une très belle vue sur la mer mais
aussi d'une ambiance particulière, chaude et sèche,
d'une très belle lumière jaune sur les falaises
et les plages, mise en valeur par l'ombre des pins maritimes
dont la silhouette se découpe à l'approche du
rebord de la falaise. Les petits chemins transversaux, qui mènent
à la mer et traversent la forêt, contrastent avec
les routes touristiques bordées de campings et de villégiatures
d'entreprise.
Meschers
conserve un caractère saintongeais avec ses maisons blanches,
son bourg ancien et son port de pêche. Ses falaises creusées
de grottes sont réputées et enserrent de belles
petites plages abritées. A l'est, au-delà du port,
s'étend un vaste marais. La presqu'île de Talmont
domine la Gironde et les marais qui s'étendent au nord
du village. Elle donne l'impression de flotter sur les eaux
troubles de l'estuaire qui est au maximum de sa largeur à
ce niveau. La côte est très marquée par
le tourisme qui influence le développement de l'urbanisation.
De nombreux campings sont disséminés le long de
la côte, sous les pinèdes, formant des forêts
habitées, le long des ruisseaux, ou sur le plateau en
retrait.
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I3
- LES PAYSAGES LITTORAUX DANS
LE CONTEXTE REGIONAL |
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A - LES FRANGES OU L'IMPORTANCE DE LA NATURE DES CONTACTS DES
PAYSAGES LITTORAUX ENTRE EUX OU AVEC LES AUTRES
S’agissant
d’une île, la perception de la frange prime sur ce qui
se perçoit sur place, à l'intérieur.
A
ce titre les ponts (de Ré ou d'Oléron) viennent
troubler la sensation : peut-on encore parler d’une île
? D'autant que pour Oléron, l’étroitesse
de la passe franchie pour y accéder est telle qu’il existe
une certaine continuité des espaces depuis le continent.
On peut répondre que l’expérience du pont n’est
pas l’expérience de la traversée en bateau, loin
s’en faut. Cependant, il n’induit pas non plus une continuité
trop banalisante : la hauteur du pont au-dessus de l’eau qui
représente comme un vol vers (ou depuis) l’île,
entretient dans une certaine mesure le caractère d'insularité.
Sur
Ré, le pertuis breton au nord offre des
vues lointaines sur les côtes vendéennes à
l’horizon, viennent ensuite le pertuis d’Antioche au sud avec
le profil de l’île d’Oléron, et vers
l’est, les paysages industriels de l’Houmeau et la Rochelle.
Plein ouest, au phare des Baleines, l’œil peut (enfin) prendre
le cap dégagé de l’océan : du fait des
horizons somme toute rapprochés, il ne s'agit pas d'une
île au large. On sent presque partout la proximité
des côtes auxquelles l’île, d'une certaine manière,
participe.
Sur
Oléron, c’est le pertuis d’Antioche
au nord avec ses vues sur les côtes de l’île
de Ré, sur l’île d’Aix, sur Fouras à
l’horizon, et l’océan à l’ouest. La découpe
particulière des côtes de Charente-Maritime est
telle qu'Oléron présente l'un des rares linéaires
de contact avec l’horizon dégagé de l’Atlantique.
Les forêts et les dunes au sud de l'île dans le
prolongement de la forêt de la Coubre sur le continent
forment comme un avant poste des grands paysages de la côte
aquitaine.
Les
presqu'îles s'étendent selon la direction nord-ouest
/ sud-est qui est celle des anticlinaux et des synclinaux
qui découpent le littoral charentais.
Leur spécificité repose sur la variété
des paysages qu'elles délimitent.
Entre
l'Estuaire de la Charente et les marais de Brouage, la presqu'île
de Moëze étend une langue de terre de 20
km de long sur 4 à 5 km de large. Du côté
de Brouage, l'ancienne côte dessine un contour
compliqué, recoupé par les marais de Saint Froult
et de Beaugeay. L'extrémité occidentale de la
presqu'île trouve en l'île Madame un poste avancé
dans le pertuis d'Antioche. On y accède à marée
basse par la Passe aux Bœufs. Aux grandes marées, la
Passe aux Filles est également découverte et permet
de s'aventurer plus avant dans le pertuis ; là où
les terres viennent mourir. Vers l'intérieur du continent,
les boisements annoncent l'entité voisine au delà
des vallées de l'Arnaise puis de l'Arnoult.
La
presqu'île de Marennes, plus étroite
encore, présente une dorsale de 20 km de long sur 1 à
3 km de large selon la même direction entre marais
de Seudre et marais de Brouage. Ses franges
sont ainsi nettement définies par le contact des pentes
avec l'horizontale des anciens golfes. Vers l'intérieur,
sans présenter de rupture nette avec le secteur de la
campagne de Pont l'Abbé, la perception du passage s'opère
par la perte des échappées visuelles latérales.
La
presqu'île d'Arvert est bordée par
deux milieux marins : d'un côté, l'estuaire de
la Gironde, débouchant dans le Golfe de Gascogne, de
l'autre, celui du bassin de la Seudre débouchant sur
les Pertuis. Celle-ci offre, dans un contact franc, une large
plage sur l'océan. Vers l'intérieur, le passage
à l'entité voisine des coteaux de Gironde est
réalisé progressivement par augmentation de la
densité de la vigne.
Bien
que proportionnellement plus urbanisée, la presqu'île
de Fouras présente un caractère presque
insulaire de par son avancée prononcée et effilée
"en mer".
La
plupart du temps cernés de plaines avec lesquels ils
contrastent plus ou moins fortement les marais sont avant
tout bordés de coteaux qui en dessinent les horizons.
Le
Marais Poitevin (marais desséchés / mouillés
hors Venise Verte) s’étend très largement au-delà
des limites régionales, dans le département de
la Vendée : la partie concernée par la région
Poitou-Charentes n’est que minoritaire en surface. Au nord comme
au sud, il côtoie les plaines de grande culture. Au sud,
il s’agit de la plaine d’Aunis, avec laquelle il ne présente
pas un contraste saisissant, sinon par le relief : la plaine
d’Aunis correspond elle aussi aux paysages de grande plaine
d’openfields. La côte morte qui forme le seuil entre les
deux entités reste en général peu sensible.
A
l’ouest, les espaces de la baie de l’Aiguillon
succèdent aux paysages du marais et forment comme une
antichambre de la mer, que le marais ne rencontre donc pas directement.
Vers
l’est, le marais desséché laisse place à
son double : les marais mouillés de la Venise Verte.
Il y a là une dualité fort importante pour la
perception des deux types de paysage : ils forment un couple
indissociable, tant par leur fonctionnement que par l’opposition
de leurs espaces. Au dégagement de l’un s’oppose chez
l’autre la présence extrême des arbres, et il en
est de même pour l’eau, presque invisible dans le marais
desséché, inévitable dans le marais mouillé,
ainsi que pour les modes de déplacement et, par synthèse,
le degré de pittoresque : le statut touristique singulier
de la Venise Verte, paysage emblématique de la région,
renvoie le marais desséché à une perception
proche pour partie injuste de celle de rase campagne.
Le
marais de Rochefort, situé au nord de la Basse
Charente, est un vaste ensemble discontinu de 25 km d'est en
ouest sur 16 km du nord au sud. Ses contours irréguliers
forment des rameaux remontant le cours inférieur des
rivières Devise, Arnoult, Basse Charente, Basse Boutonne
parsemé d'un archipel d'anciennes îles - îles
d'Albe, de la Lance, du Liron, de Saint Laurent de la Prée,
de Vergeroux, de Loire les Marais. La presqu'île
de Fouras constitue en fait une île du marais,
la plus vaste, ce qui pousse à la considérer comme
une entité paysagère à part entière.
Au
nord et à l'est, la ligne d'horizon lisse s'élève
insensiblement vers les entités voisines des plaines
d'Aunis et du nord de la Saintonge.
A
l'ouest, on passe du marais à la mer (pertuis) par l'intermédiaire
de la Baie d'Yves. La baie décrit un "U"
parfait, entité identifiée d'un seul coup d'œil,
dont l'étendue de vase se présente comme un monde
à part.
C'est
encore dans le marais de Brouage que les coteaux
qui entourent le marais en constituent une enveloppe des plus
franche (à l'est et au sud). Les boisements qui accompagnent
les pentes les plus fortes renforcent la présence des
coteaux, soulignent la rupture avec le marais et en occultent
la vue depuis les hauteurs. En fond de marais, parcelles de
friche et peupleraies amorcent la fermeture de l'espace et constituent
une transition vers les espaces boisés de la lande de
Cadeuil. Les coteaux s'aplanissent considérablement au
nord, vers Soubise : généralement cultivés,
ils constituent une ligne d'horizon lisse et à peine
plus élevée que les bossis. La lumière
les inonde en continuité avec le marais, atténuant
encore la perception de cette frange peu marquée.
A
l'ouest, un territoire se dessine où l'influence et la
proximité de la mer sont sensibles ; les marées
y deviennent perceptibles : claires, cabanes ostréicoles,
bateaux et appontements, participent à la constitution
d'une ambiance qui révèle la proximité
de la mer. Le rivage constitue un espace incertain que terre
et mer façonnent conjointement, étendues de vase
découvertes à marée basse, que la végétation
colonise progressivement.
Des
marais aux côtes, le contact de la terre et de l'eau
crée une multitude d'ambiances paysagères. Ces
franges organisent une succession de rapports au relief, à
la roche, à la végétation (…) très
spécifiques et souvent très localisés.
Le
bassin de la Seudre, véritable bras de
mer, est encadré par les presqu'îles d'Arvert et
de Marennes. Il emprunte le même axe oblique sud-est /
nord-ouest. Depuis l'amont, la rivière Seudre s'élargit
à l'Eguille, elle y rejoint le Liman et devient un estuaire.
La
Côte de Beauté occupe une mince bande littorale
face à l'embouchure de la Gironde, caractérisée
par sa côte de falaises et rochers calcaires, creusée
de conches. Elle s'étend au nord jusqu'au site de la
Grande Côte en lisière de forêt : la côte
se transforme alors en une longue plage bordée de dunes
derrière lesquelles s'étend la forêt de
pins de Saint-Augustin et la presqu'île d'Arvert.
Au sud, la Côte de Beauté se termine
par le site de Talmont, au-delà duquel la côte
change d'aspect avec la naissance des marais de Gironde
qui isolent les falaises mortes à l'intérieur
des terres. Au nord-est, la côte royannaise est délimitée
par la route départementale 25 qui forme la limite avec
l'intérieur de la presqu'île d'Arvert
et la campagne de Cozes à Semussac.
Les
marais de Gironde présentent un triangle
de terres et de polders, comme un coin enfoncé entre
les falaises mortes, témoins de rivages anciens, et les
eaux vives de l'estuaire. L'espace est appuyé à
l'est sur les coteaux, ouvert à l'ouest sur le large
estuaire de la Gironde. Le plus vaste estuaire d'Europe, long
de 75 km sur 12 de large, forme une véritable mer intérieure
la mer girondine prolongée en amont du Bec d'Ambès
par les estuaires de la Dordogne et de la Garonne. La côte
bordant l'estuaire présente une physionomie singularisée
par la succession de conches et la complexité du contact
entre les terres inondables de marais et une falaise morte plus
ou moins distante.
De
Meschers à Saint Seurin d'Uzet, les falaises vives sont
entrecoupées par des vallées comblées d'alluvions,
qui forment aujourd'hui des marais endigués, aux vasières
salées.
De
Saint Seurin d'Uzet à Port Maubert, les falaises calcaires
sont séparées de la Gironde par une bande de marais
large de 1 à 2 km. Cette bande est constituée
d'anciens schorres où l'atterrissement s'est produit
naturellement, sans que l'homme le consolide. Les falaises constituent
un observatoire idéal de la Gironde qui est alors au
maximum de sa largeur : 11 km.
De
Port Maubert à Trompe-loup, les marais sont au maximum
de leur étendue, les anciennes rives de la Gironde sont
repoussées à 10 km des rives actuelles.
B
- L'IMAGE DES PAYSAGES LITTORAUX DEPUIS LES RESEAUX DE ROUTES
ET CHEMINS
Les
ponts, qu'ils se franchissent en automobile, à pied ou
à vélo, participent naturellement très
fortement à l'appréciation du passage d'un monde
(paysage) à l'autre ; en particulier à la sensation
d’insularité que ce soit pour Ré ou Oléron.
Seules
une ou deux routes départementales forment de véritables
colonnes vertébrales dans les parcours insulaires.
Sur
l’île de Ré, les routes départementales
(D735, D101 et D201) composent un circuit simple, presque obligatoire,
en impasse à l’ouest vers le village de Loix, et bouclé
dans la moitié sud-est de l'île.
Sur
Oléron, ce sont les routes départementales
D26 et D734. Celles-ci sont complétées par le
circuit côtier pratiquement complet, contrairement à
l’île de Ré.
Paradoxalement,
la perception des paysages insulaires depuis les routes principales
va vers les terres et les forêts.
Les
routes longent peu (voire pas du tout, par endroits) les côtes
sur Ré. Dans le segment le plus proche
de la mer, au Martray, les digues de protection sont aussi des
obstacles à la vue. Les routes évitent les villages
(tous contournés sauf le Bois Plage) et permettent surtout
la perception des terres et des forêts. En saison estivale,
la densité de la circulation sur ce domaine routier limité,
rend les parcours peu commode. Il faut préciser que l’île
se visite surtout à bicyclette, ce pour quoi elle est
particulièrement bien équipée : elle est
plate, et on y trouve un réseau très complet de
pistes cyclables et de loueurs de vélos. Des travaux
récents ont aussi reculé les parkings en retrait
des plages et organisé de grands stationnements aux portes
des localités pour en conserver la beauté et la
tranquillité et la sécurité des piétons,
en particulier à Saint Martin.
Des
identités de routes contrastées dans les presqu'îles
entre celles "de crêtes" et celles qui accompagnent
les méandres des cours d'eau
La
D238 du Martrou à Soubise (presqu'île de
Moëze) suit un des méandres de la Charente
et offre un point de vue original sur Rochefort.
Les routes D3 et D125 traversent la presqu'île dans des
directions perpendiculaires permettant l'essentiel de la découverte
de la presqu'île. La presqu'île de Marennes
est parcourue par une route de crête (D728) qui offre
alternativement des possibilité de perception des entités
voisines de Brouage et de la Seudre,
en fonction de son balancement d'un côté ou l'autre
de la crête, des interruptions de la maille bocagère,
et des ponctuations boisées. Tandis qu'en pied de coteau,
la D241 longe le marais de la Seudre et la D241E
celui de Brouage. Les routes D25 et D14 permettent
de boucler la découverte de la presqu'île
d'Arvert, de son flanc nord longeant l'estuaire de la
Seudre à son flanc sud bordant celui de
la Gironde, permettant ainsi d'en apprécier
l'ampleur. Tandis qu'une route unique en impasse (D214) mène
à la pointe de la Fumée pour la presqu'île
de Fouras.
Le
chemin de Grande Randonnée (n°4) traverse la presqu'île
de Marennes entre Marennes et Bourcefranc, ainsi que
la forêt de la Coubre (presqu'île d'Arvert)
pour rejoindre Saint-Palais et la côte de Beauté.
Les
franchissements relativement récents des marais n'offrent
pas de lecture très variée de ces espaces. Des
routes et chemins demeurent en "terres hautes" ou plongent
parfois dans la matière même du marais.
Aucun
grand axe de circulation ne traverse le Marais Poitevin
(marais desséchés / mouillés hors Venise
verte) sinon la RN137 qui relie Luçon à
la Rochelle. Quelques routes départementales sillonnent
le secteur, telles la RD114 qui reste sur les terres "hautes"
comme dans la plaine d’Aunis voisine, ou la RD262 qui, au sein
même du marais, suit le cours du canal de la Banche. Cette
dernière permet de révéler la présence
singulière des canaux, et du dessin qu’ils ont imprimé
au paysage.
Au
cœur du marais de Rochefort, les routes empruntent
parfois des couloirs verts bordés de haies de frênes
ou de saules, filtrant les vues sur l'étendue de terre
et de ciel. Les routes (D111 et D203) qui parcourent la bordure
de la plaine céréalière ondulée
permettent de prendre le peu de hauteur favorable à la
perception du marais. La route N137, en empruntant une direction
transversale à l'alternance de baies et de pointes (orientées
nord-ouest/sud-est) permet d'appréhender la dépression
d'Yves (entre Presqu'île de Fouras
et Aunis). La D214, de Fouras à la Pointe
de la Fumée, emprunte un isthme étiré entre
la baie d'Yves et l'estuaire de la Charente.
Un
réseau de routes et de chemins étroits et sinueux
sillonne le marais de Brouage. Des haies denses
perturbent parfois cette relation particulière au marais
le long de certains routes anciennes : notamment le long de
la RD3 qui traverse le marais à l'ouest, et permet d'accéder
à Brouage.
Au
contraire, les routes récentes (RD18, RD123, RD733 en
frange nord-est) coupent au plus direct, offrant des lignes
droites qui ignorent la logique du marais et en accélèrent
la traversée. Merlons antibruit et grillage de protection
de la faune en accompagnent le passage dans une ignorance manifeste
des milieux et paysages traversés.
La
route D14 emprunte la rive gauche de l'estuaire de la Seudre
en le longeant d'assez loin. Elle traverse les pâturages
et les marais de la presqu'île d'Arvert.
Il faut quitter cette route, et emprunter des voies sinueuses
et sans issues, pour pénétrer au cœur de l'estuaire
et découvrir les ports ostréicoles qui jalonnent
la rive. Sur la rive droite, la D728 parcourt la crête
de la presqu'île de Marennes et offre de
belles fenêtres miroitantes sur la maille complexe du
marais. La D241 s'approche de la rive et dessert les ports ostréicoles
ainsi que les îles du marais. La D728 enjambe l'estuaire
à son débouché sur le pertuis de
Maumusson. Le pont est également emprunté
par le GR4. C'est le seul passage transversal du marais, qui
se contourne autrement par l'Éguille en restant sur la
terre ferme.
L'accès
à la Côte de Beauté se fait
soit en provenance de La Rochelle et Rochefort, par la RD733,
soit en provenance de Saintes, par la RN150, soit par la RD730
qui rejoint les principaux axes menant à Bordeaux. Pour
cela il faut traverser la campagne de Cozes et Semussac
qui amorce la presqu'île d'Arvert. L'arrivée
sur l'agglomération royannaise se fait par "l'arrière"
: l'agglomération est annoncée par la zone industrielle
et commerciale et l'urbanisation récente qui se diffuse
vers l'intérieur de la côte. On peut aussi accéder
à Royan depuis Bordeaux et la RN215 par le bac reliant
la pointe de Grave à Royan. L'arrivée se fait
alors au cœur de la ville.
La
Côte de Beauté est traversée
par deux axes principaux : la RD25 qui fait le tour de la presqu'île
d'Arvert, de La Tremblade à Talmont, et la route
littorale qui longe la côte de la Grande Côte à
Saint-Georges-de-Didonne. Ces deux routes touristiques offrent
tour à tour des points de vue ouverts sur la Gironde
depuis le haut des falaises, pour redescendre ensuite au ras
de l'eau, dans les grands espaces ouverts des plages comme à
la Grande Conche, ou des marais comme à Meschers. Elles
traversent aussi des espaces plus intimes, comme la route forestière
de la pointe de Suzac, et les espaces très animés
à la belle saison des villes du front de mer. La route
littorale, très fréquentée, irrigue la
côte et se révèle un instrument incontournable
de la découverte et de la perception des paysages de
la Côte de Beauté. Le GR4 longe le
bord de mer de Royan à la Grande Côte, avant de
s'enfoncer dans la presqu'île d'Arvert.
Il emprunte les corniches et autres sentiers des douaniers qui
relient les conches à l'ombre des chênes verts.
C
- LES PRINCIPAUX POINTS DE VUE SUR LES PAYSAGES LITTORAUX
La
platitude insulaire appelle des points de vue élevés
artificiels pour en apprécier de larges vues : ce sont
les clochers, les phares et... les ponts.
Les îles forment elles-mêmes l’horizon des
paysages de pertuis, observés depuis le continent.
Ré
constitue une part essentielle de l'horizon du pertuis
Breton quand on le considère depuis les côtes
de Vendée et d’Aunis, et celui du pertuis
d’Antioche depuis les côtes nord de l’île
d’Oléron.
Des
séquences routières "points de vue", identifiées
comme telles sur les cartes…
Entre
Piedemont et Fort Renaud (presqu'île de Moëze)
la route en falaise offre des vues sur les pertuis d'Antioche
et de Maumusson et l'anse du marais de Brouage.
Au delà de la presqu'île de Marennes, on perçoit
également les forêts de la Pointe de la Coubre.
Profitant du léger relief et du dégagement du
sol, les routes constituent autant de points de vue sur les
secteurs voisins qui sont signalés comme tel par la carte
Michelin. : D238 du Martrou à Soubise, vue vers la Charente
et Rochefort ; à Port des Barques jusqu'à la Passe
aux Bœufs, vue sur l'estuaire de la Charente ; de Saint Nazaire
sur Charente à Saint-Froult, vue sur le marais de Brouage.
Chaque
presqu'île possède ainsi son patrimoine de points
de vue. La presqu'île d'Arvert, pour laquelle
le relief le plus accentué est celui des dunes sous le
couvert de pins, offre des points de vue plus rares mais tout
aussi exceptionnels. On découvre un panorama remarquable
depuis le phare de la Coubre, au dessus de la houle des cimes
d'arbres. Du haut des 300 marches, la vue embrasse 360 degrés
sur le pertuis de Maumusson et l'île
d'Oléron au nord, l'estuaire de la Gironde, Cordouan
et la Pointe de la Grave au sud, la côte de Beauté
et ses conches (jusqu'au relèvement de la falaise de
Meschers) au sud-est. Au nord de la forêt, une autre vue
impressionnante est offerte par la tour des Quatre Fontaines
sur le pertuis de Maumusson et la mosaïque
de claires ostréicoles de la Seudre.
Approcher
la compréhension de l'organisation du marais est un
élément motivant de sa découverte, contribuant
à en faire apprécier la valeur. L'identité
disparue devient comme une énigme à décrypter.
Les
îles des anciens golfes constituent des postes d'observations
jusqu'à la côte :
-
depuis l'île d'Albe, vue sur les autres îles,
- depuis l'île du Liron, vue sur les pertuis, au delà
de la Baie d'Yves jusqu'à Fort Boyard.
La D215, au lieu dit "Les Forges" constitue un point de vue
exceptionnel sur l'étendue du marais dans sa partie intérieure.
Sur l'autre versant, la route D112 de Muron à Tonnay
Boutonne, offre également un panorama depuis le rebord
du plateau.
Depuis la terrasse du donjon de Fouras, on découvre un
panorama sur la région de la Rochelle à Marennes,
les îles et le pays rochefortais.
La
découverte du marais de Brouage depuis
les lieux en belvédère est fondamentale. C'est
l'occasion de faire se réconcilier les présupposés
sur le site et compléter l'expérience sensible,
autrement dit d'entrer pleinement dans l'appréciation
du territoire. Il en est ainsi notamment du promontoire de Broue,
de la promenade sur les remparts de Brouage, et des points de
vue extérieurs au site depuis les coteaux.
Au
niveau de la Seudre, l'horizontalité du
relief oblige à rechercher les rares points de vue élevés.
Le pont sur la Seudre offre un panorama sur la marqueterie de
claires miroitantes et de digues. On a également un beau
point de vue sur les anciens marais salants depuis le clocher
de Mornac sur Seudre, de même que depuis la terrasse de
son ancien château. Sur la rive droite, la D728 offre
des fenêtres de vues à contre-jour. De multiples
panoramas sur la Gironde… Tout le front de mer de la
Côte de Beauté est fertile en panoramas
intéressants et variés, en particulier sur l'embouchure
de la Gironde. Certains sont particulièrement marquants
: le lieu-dit la Grande Côte qui s'ouvre sur la grande
perspective de l'immense plage contraste avec les conches ;
la pointe de Vallières qui offre une vue sur Royan et
la Grande Conche ; également la pointe de Suzac, la presqu'île
de Talmont. D'autres vues depuis la falaise morte se succèdent
ensuite en remontant la Gironde.
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I4
- L'ANALYSE PAR MOTIFS |
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A - LE RELIEF ET LES ROCHES
En
dehors des courtes sections de falaises côtières,
la roche calcaire s’exprime en priorité dans la matière
des murs (quand ils ne sont pas chaulés).
Les
platières, sur Oléron, s’étendent
le long des côtes ; le sable s’affirme ensuite sur les
plages, tandis que les dunes supportent les forêts.
Dans la construction, en Ré notamment,
les murs de clôture en petits moellons semblent se développer
comme un motif courant des constructions neuves.
Les
presqu'îles, bien que dominant les territoires alentour,
culminent en moyenne à moins de 20 m d'altitude.
Sur
ces reliefs doux, parfois à peine perceptibles, c'est
la terre des cultures qui apparaît nue en hiver au dessus
du socle calcaire, parfois exploité en quelques carrières
(Moëze). Sur la presqu'île de Marennes,
des boisements accompagnent les pentes de coteaux en soulignant
ainsi les ruptures avec le marais de Brouage et
en occultant souvent la vue depuis les hauteurs. Au sud, les
coteaux s'aplanissent plus graduellement vers la Seudre, avec
également localement une surimposition de masses boisées
facilitant la lecture du contact avec les marais. Dans la presqu'île
d'Arvert, les cordons dunaires littoraux culminent à
60 m ; ils ont été formés par les sables
apportés par les forts courants de l'estuaire Girondin
qui isolèrent ainsi de la mer les profonds golfes intérieurs
(les marais d'aujourd'hui). La configuration actuelle de rivage
est récente, mais les effets de l'érosion marine
se font toujours sentir à Bonne Anse qui tend à
devenir une lagune, en prolongation du marais de Bréjat.
Comme
vu précédemment, l’extrême horizontalité
du relief des marais (Poitevins desséchés
/ mouillés hors Venise Verte ou de Rochefort)
forme le principal caractère des secteurs. Elle ne s'interrompt
véritablement qu'au niveau des côtes des anciens
golfes. Les vastes plaines maritimes du marais de Rochefort,
dont l'altitude varie entre 1 m et 4 m, sont dominées
par les hautes terres (15 m). Le marais résulte de l'accumulation
de vases marines et d'alluvions continentales, la sédimentation
du bri. C'est un paysage récent, encore en eau à
l'époque Gallo-Romaine, la régression débute
au IVe siècle de notre ère et s'achève
au XIVe siècle. On y lit les traces des anciens rivages
: falaise fossile et îles terrestres. Le marais de la
baie d'Yves s'est formé à partir
de l'obstruction progressive de l'embouchure d'un petit cours
d'eau (la Gères) par des bancs de sable. Les cordons
dunaires les plus récents renferment les eaux saumâtres
d'une lagune littorale.
L'espace
du marais de Brouage s'inscrit globalement dans
la continuité de l'espace maritime. La présence
ancienne de la mer peut, pour autant qu’on y fasse attention,
se lire par la persistance dans le paysage du relief des anciennes
îles, ou par le tracé de certaines voies d’eau
évoquant les ruissons de mer. Les coteaux qui l'enveloppent
ont constitué les limites de l'océan dans le golfe
de Brouage au cours des derniers siècles avant notre
ère. Degré zéro de l'évolution du
rivage, ils en constituent la seule forme aisément perceptible
parmi toutes celles qui se sont succédées jusqu'à
nos jours. Les reliefs plus fins sont ceux qui témoignent
de l'activité salicole passée : jas et bossis
animent la surface du marais selon un dessin qui a évolué
au fil des siècles et permet aux observateurs avertis
d'en dater l'origine.
Les
claires de l'estuaire de la Seudre, bassins alimentés
en eau de mer et en eau douce acheminées par un réseau
de canaux et d'écluses, sont délimitées
par des digues d'altitude variant de 1 à 4 m. L'horizontalité
du marais est animée par la présence d'îles
qui s'élèvent modestement à 5 m de hauteur.
Plus à l'amont, au niveau de Saujon, l'eau, en se retirant,
a laissé la place à une plaine alluviale à
vocation maraîchère.
Les
marais de Gironde présentent trois aspects,
déclinés depuis l'estuaire jusqu'au pied de la
falaise morte :
-
les conches, désignant la bande de terre comprise entre
la digue et la rive recouverte lors des grandes marées.
C'est une frange amphibie de largeur variable, exhaussée
par le dépôt de sédiments à environ
70 cm au dessus du marais,
- le marais desséché est protégé
des marées par une digue, et drainé par un réseau
de canaux et fossés. Traditionnellement consacré
au pâturage, il est reconverti en terres de culture (maïs),
- le marais mouillé situé, au pied des coteaux
et derrière la digue de ceinture, doublée du canal
de ceinture, était inondé de novembre à
mars et a été remembré et asséché
depuis 1960.
La
côte de Beauté est constituée de
basses falaises calcaires du crétacé où
s'ouvrent parfois des grottes (habitations troglodytiques de
Meschers), entaillées de petites baies appelées
conches. Les falaises vives s'élèvent jusqu'à
une trentaine de mètres au-dessus de la mer, qui en ronge
le pied. Au sud de Royan, les dunes ont été plantées
pour constituer le "Parc" accueillant les villas balnéaires.
B
- L'EAU ET SES MANIFESTATIONS
Contrairement
à tous les autres grands types de paysages régionaux,
les îles n’ont pas de rivières à proprement
parler ; dans ces paysages - tout comme pour les marais ou
les presqu'îles - l'eau est généralement
conduite et maîtrisée.
Dans
les paysages insulaires, l’eau, c’est celle de la mer, celle
des marais salants et des parcs à huîtres, qui
couvrent des territoires très importants. Ici, la maîtrise
de l’eau, totale, inventive, complexe construit un paysage à
la fois structuré et animé par les travaux des
hommes. Les effets très particuliers de la lumière
que les photographes ont su capter en même temps que
les effets plastiques, sont procurés par le découpage
parcellaire très dessiné.
L'eau
des presqu'îles…
Chaque
cuvette creusée dans le relief de la presqu'île
de Moëze voit sa surface occupée par des
fonds marécageux drainés par un réseau
de fossés. C'est le cas à Saint Froult, Beaugeay,
Saint-Hilaire et Saint-Nazaire sur Charente. Les presqu'îles
de Fouras et d’Arvert ne possèdent pas de cours
d'eau. La presqu'île de Marennes n’en possède
pas davantage, seul le canal de la Seudre à la Charente
traverse la presqu'île à proximité du bourg
de Marennes. Le canal apporte l'eau douce qui par un jeu d'écluses
chasse la vase du chenal reliant Marennes à la Seudre.
L’idée
de marais renvoie à la présence de l’eau.
Tous
les marais sont fondés sur la séparation entre
des marais protégés des eaux du bassin versant
et de la mer (les marais desséchés) et ceux soumis
à l’influence des crues (marais mouillés ou inondables),
ou des marées (marais saumâtre ou ostréicoles).
Selon le type de marais dans lequel on se situe, l’eau est plus
ou moins présente.
Partout
elle se manifeste dans le maillage des canaux, plus ou moins
dense, de toutes tailles, de toutes formes mais aussi par les
digues, les ouvrages hydrauliques qui constituent autant de
motifs de spécifiques des paysages de marais. La maille
serrée du réseau hydrographique du marais lui
façonne une image labyrinthique : constituée d'éléments
formels sinueux et répétitifs, elle fait souvent
obstacle aux cheminements. Les grands canaux construits aux
XVIIIe et XIXe siècles font exception. Rectilignes, ils
sont facilement identifiables et peuvent servir de repère
dans l'espace du marais
Les
cartes routières font fortement ressortir la présence
du réseau dense de canaux et de fossés. Celui-ci
est cependant peu visible sur le terrain.
La
densité du réseau viaire en marais ne permet en
effet de côtoyer qu’une faible partie du maillage hydraulique.
Même si pour l’essentiel les routes et chemins longent
des voies d’eau, celles-ci restent peu perceptibles, du fait
de l’absence de végétation et de formes spécifiques
qui pourraient en révéler la présence.
A contrario les vues offertes à l’occasion du franchissement
d’un grand canal rectiligne offrent de belles perspectives.
Cette faible lisibilité de l’eau participe au décalage
parfois ressenti entre la représentation des marais et
leur réalité.
La
Seudre, modeste rivière d'eau douce, se
mue en un large canal d'eau salée, une petite mer peu
profonde.
C'est
le territoire du doucin, mélange subtil d'eau douce issue
des terres et de flot marin venant du large, habitat naturel
de la navicule bleue, algue microscopique à l'origine
de la couleur émeraude particulière aux huîtres
de ce bassin. Sur le réseau hydrographique en relation
avec la mer, l'influence des marées, les touffes argentées
d'obione et la texture des vases fines d'un gris bleuté
brillant contribuent à créer une ambiance lumineuse
particulière.
Ce
sont des claires de substitution qui ont pris place dans les
bassins des anciennes exploitations salicoles. Leur localisation
est conditionnée par l'apport d'eau salée, on
les trouve donc préférentiellement le long du
lit central de la Seudre. Ce sont des bassins fortement dessinés
par l'alternance des digues et des surfaces en eau. L'alimentation
des claires est assurée par des "ruissons" à partir
desquels les écluses contrôlent mises en eau et
vidanges. L’eau circule ensuite de bassins en bassins par le
biais "des dérases" pratiquées dans les digues
ou "abotteaux".
Le
chenal appelé localement "achenal" est un canal naturel
entretenu par l'homme pour permettre la bonne circulation des
eaux et la circulation en bateau. Sa présence est nécessaire
à la vie des villages et des ports ostréicoles
qui, sans lui, seraient coupés du fleuve.
La
digue du bord de la Gironde, appelée "bot",
protège le marais lors des grandes marées. Le
canal de ceinture proche des coteaux recueille les eaux venues
des coteaux et les empêche d'inonder le marais. Le marais
lui même est parcouru par un réseau hydrographique
dense et hiérarchisé, les parcelles sont drainées
par des fossés secondaires collectés par un fossé
principal parallèle à la Gironde. Ces fossés
principaux s'écoulent dans un canal ayant son exutoire
à la Gironde commandé par une vanne. Le milieu
est très humide en hiver et très sec en été.
L'eau,
sillonnant le plateau calcaire, imprime ses formes caractéristiques
et étroites dans la roche de la Côte de Beauté,
ou celles de larges vallons voire d'étangs dans les
alluvions récentes.
Le
plateau calcaire qui constitue la côte s'interrompt par
endroits pour laisser la place à de petits ruisseaux,
comme le Rivaud, qui débouchent dans les conches, comme
à Nauzan, Pontaillac. Les fonds de vallons sont larges,
au niveau de la mer, et sont comblés par des alluvions
récentes, formant un marais en retrait de la côte
dont ils sont parfois séparés par des dunes.
Ainsi,
le plateau du site urbain de Royan qui surplombe la mer d'une
vingtaine de mètres au Sud domine le marais de Pontaillac
au nord-ouest et le marais de Pousseau, à l'est, plus
vaste et de forme triangulaire, drainé par un canal.
Il est entaillé par le petit vallon du Font de Cherves,
orienté nord-ouest/sud-est, utilisé par le tracé
du boulevard Briand. Au sud-est de Royan s'étendent les
marais de Belmont et de Margite, drainés par le canal
de Boube, qui traverse les parcs résidentiels boisés
et forme la limite communale entre Royan et Saint-Georges-de-Didonne.
De même, le marais de la Briqueterie s'étend en
retrait de la côte à l'est de Saint-Georges-de-Didonne,
et est drainé par un canal débouchant dans la
conche de Saint-Georges. A Saint-Palais, le fond de vallon est
occupé par le parc de loisirs du Marais, organisé
autour d'un vaste étang de plus de quatre hectares dédié
à la pêche et aux activités nautiques. Les
marais de Meschers et Talmont, quant à eux, sont au bord
de la Gironde et n'en sont séparés que par la
route côtière. Ces vastes étendues planes
et ouvertes contrastent fortement avec les découpages
tortueux des falaises rocheuses qui les encadrent, tant sur
le plan du relief que sur le plan des ambiances : le marais,
où l'eau est prédominante et où l'on perçoit
le paysage à grande échelle, s'oppose aux ambiances
plus sèches des falaises calcaires et des bois de chênes
verts, ainsi qu'aux scènes plus intimes des conches aux
horizons fermés et des chemins forestiers.
C
- LA VEGETATION
Chacun
des paysages du littoral territoire est marqué par
un cortège végétal reconnaissable qui
le marque plus fortement encore qu’aucun autre motif.
Les
îles et la Côte de Beauté
trouvent dans la végétation une de leurs caractéristiques
les plus vives :
Pour
Oléron ("île des mimosas et des vignes")
et pour Ré (plus encore), les roses
trémières dans la rue du village constituent
un cliché largement présent dans l’imagerie contemporaine.
Il est même rare de trouver une espèce aussi emblématique
d’un territoire. Elle est reprise avec enthousiasme dans les
opérations les plus récentes. Elle est donc associée
aux espaces habités de l’île, de préférence
au contact des espaces publics : le long de murs eux aussi très
constitutifs des ambiances insulaires. La végétation
des jardins s’y associe, plus secrètement en dépassant
des murs. Sur les places de Ré, le platane
et le mûrier à feuilles de platanes viennent affirmer
l’appartenance de l’île au sud de la France.
Dans
les zones cultivées entre les villages, la vigne
est très présente. Elle trouve dans ces paysages
une place évidente : les systèmes de palissage
ou la forme caractéristique des petites parcelles forment
un motif végétal aisément reconnaissable
et très répandu. Les primeurs restent moins lisibles,
alors que la pomme de terre de l’île de Ré fait
pourtant l’objet d’une Appellation d’Origine Contrôlée.
Sur Oléron, les parties cultivées
associent à la vigne des cultures de céréales
et d’oléagineux de faibles étendues auxquelles
s’ajoutent des parcelles abandonnées.
Les
massifs boisés, poussant sur le sable, ressemblent aux
bois méridionaux. Les pins y dominent et apportent
leur senteur si particulière, accompagnés par
un cortège de plantes méridionales. Pour
Oléron, à côté de "l’île
des mimosas" vient l’appellation "d'île aux parfums" (l’importance
des fragrances dans les souvenirs personnels de Pierre Loti
n'y est probablement pas étrangère). Cet ensemble
végétal, qui contribue pour beaucoup au sentiment
d’exotisme est confirmé par les niveaux annuels d’ensoleillement
(annoncés par les guides).
Le
long des routes, les peupliers blancs et les tamaris
provoquent à nouveau une singularité par rapport
au quotidien du continent. Le Tamaris fait partie, comme la
rose trémière, des traits singuliers dont on qualifie
Ré dans la littérature.
Les
zones périurbaines des villages, lieux des résidences
de vacances et des campings, ont trouvé elles aussi une
espèce qui en "signe" l’ambiance : le beau Cyprès
de Lambert, comme en Bretagne ou ailleurs, s’est montré
le mieux adapté à des situations littorales. Il
est également adapté à la demande d’une
pousse rapide pour abriter et intégrer campings, villages
et colonies de vacances. Il domine aujourd’hui de sa belle silhouette
les horizons des secteurs balnéaires. Il entre dans la
composition de nombreuses haies de séparation, y compris
le long des parkings établis en retrait des côtes.
La
végétation est aussi spécifique dans les
marais. Majoritairement basse, elle est variable, en forme,
en couleur, en texture, selon les diverses situations créent
par les conditions de milieu (saumâtre ou doux) et par
l’histoire des aménagements. C’est elle qui permet la
lecture des passages de l’eau ; c’est elle qui accueille les
oiseaux de passage et les autres, ceux-là même
qui animent le sol et le ciel des marais La salicorne,
avec tous les mystères moyenâgeux de son nom fleurit
dans les salines et à l’enseigne des restaurants comme
à nouveau un emblème.
Enfin,
les côtes elles-mêmes présentent une végétation
particulière. Le cordon de dunes qui borde les plages
se couvre d’une matière végétale variée
qui lui est propre. Sur les dunes grises, la vigne retournée
à l’état sauvage est omniprésente. Elle
témoigne de la culture pratiquée sur la majeure
partie de ces espaces, interrompue par la crise du Phylloxera.
Les dunes sont aujourd'hui protégées du piétinement
par des clôtures basses qui dessinent ainsi les contours
très nets d’une répartition autrefois plus hésitante
entre la plage et la dune végétalisée.
On remarque ponctuellement, comme un exotisme mexicain, la silhouette
stricte de yuccas dressés sur les dunes.
Le
microclimat très favorable de la Côte de
Beauté, l'ensoleillement, la sécheresse
estivale et les températures importantes permettent l'installation
de plantes méditerranéennes, qui se naturalisent
ou se cultivent dans les jardins, renforçant l'ambiance
particulière du secteur. Cette influence méditerranéenne
se retrouve dans la présence des boisements de chênes
verts mêlés aux pins maritimes. Ceux-ci ont été
massivement plantés pour permettre la stabilisation des
dunes.
Dans
la caractérisation des paysages de presqu'îles,
la végétation ne présente pas de caractère
emblématique.
La
culture généralisée du sol de la presqu'île
de Moëze procure un grand dégagement visuel
et forme avec le relief plat l’essentiel du caractère
de ses paysages. Le dégagement du sol n'est pas total
: entre certaines parcelles et le long des petites routes apparaissent
des haies, sans former de véritable système. Dans
la presqu'île de Marennes par contre, des
masses boisées éparses ponctuent les coteaux,
rehaussant le relief modeste et occultent les vues sur les marais
situés en contrebas. Une maille bocagère relictuelle
subsiste accompagnant les chemins sans enclore systématiquement
les parcelles. La diversité des essences est réduite.
Le frêne domine depuis la disparition de l'orme ; chêne
vert et érable de Montpellier sont les témoins
méditerranéens de la douceur du climat. La pointe
de la presqu'île d'Arvert est coiffée
des massifs forestiers de la Coubre et de la Palmyre. Ces ensembles
sont sillonnés de chemins forestiers et bordés
des immenses plages de la Côte Sauvage. Au nord, la forêt
vient buter sur le pertuis de Maumusson avant
de se poursuivre sur l'île d'Oléron.
La forêt de pins est le prolongement naturel de celle
des Landes de Gascogne et fut plantée pour stabiliser
les dunes.
Alors
que les cultures dominent dans certains marais…
L’œil
rencontre peu d’autres motifs que celui des cultures dans le
Marais Poitevin (marais desséchés / mouillés
hors Venise verte ), hormis dans les marais de Taugon
et la Ronde qui constituent (constituaient) l’un des rares exemples
de marais desséché bocager.
…
pâturages, zones humides riches en faune et flore viennent
(trop ponctuellement) animer ces paysages.
Dans
les marais de Rochefort, ce sont les cultures
et les pâturages qui dominent, avec de rares formes arborées.
On trouve quelques alignements d'arbres le long des routes et
des canaux principaux. Parfois, comme aux environs de Voutron,
le marais prend un aspect bocager, les haies de frênes
ferment les parcelles occupées indifféremment
par les cultures ou les pâturages. Sur la presqu'île
de Fouras, la spécificité végétale
"atlantique" est enrichie de témoins méditerranéens
: mimosas, palmiers, chênes verts mêlés aux
pins, agaves (…) introduits dans les jardins des résidences
balnéaires. En particulier, un important bois de chênes
verts coiffe la pointe de la presqu'île, à laquelle
elle donne une silhouette sombre au dessus de l'estran rocheux
de couleur crème.
Les
formes végétales les plus représentatives
du marais de Brouage sont les lignes de roseaux
qui accompagnent le réseau d'eau douce. Elles constituent
le plan vertical de référence, cachant ou laissant
voir la ligne haute des coteaux, dont elles aident à
mesurer l'éloignement. L'hétérogénéité
de textures et de couleurs des prairies est aussi une caractéristique
importante du paysage du marais, animant son étendue
parfois monotone. Elle constitue l'apparence sensible de sa
richesse floristique. Isolés ou en alignement, les arbres
jouent un rôle paradoxal. En cassant l'intégrité
d'un espace comparable à l'espace maritime, ils rompent
sa monotonie et en adoucissent sa traversée. Véritables
événements sur la planéité du marais,
les arbres y constituent des repères. Les alignements
d'arbres de haut jet sont caractéristiques de quelques
lieux particuliers tel le canal de la Seudre à la Charente.
Ils contribuent ainsi à dater et souligner la singularité
des ouvrages anciens (XVIIIe siècle).
Une
structure bocagère persiste sur les coteaux et les îles,
glissant parfois sur la frange périphérique du
marais, et atténuant ainsi sa limite avec les coteaux.
En fond de marais, parcelles de friche et peupleraies amorcent
une fermeture de l'espace qui radicalise la transformation du
paysage, en faisant perdre le souvenir même de la mer.
Les
formes arborées sont rares en marais de Gironde
où les roselières sont particulièrement
développées. On trouve quelques alignements de
saules et tamaris le long des routes et parfois, des alignements
de peupliers plus majestueux. La végétation du
marais de Seudre est celle des eaux saumâtres
; la végétation ligneuse y est très rare.
D - LE BATI, LES MOTIFS CONSTRUITS
Entre
villages regroupés et secteurs balnéaires plus
ou moins camouflés : les îles.
Les
villages regroupés de l'île de Ré
obéissent sans exception à l’image citée
en introduction, et présentent un soin dans les espaces
publics (les traitements de sol des rues piétonnes par
exemple) qui dénote une attention particulière
à la qualité de l’accueil et au cadre de vie.
On notera que les zones balnéaires sont restées
limitées dans leur perception. En effet, aux villas et
campings sont très souvent associés des plantations
de pins ou de cyprès accompagnant des murets opaques
(enduits ou en pierre apparente) qui camouflent une bonne partie
des volumes bâtis d'accueil touristique. Ces zones ont
pris ici la place "périurbaine" qu’occupent ailleurs
(sur le continent) les secteurs pavillonnaires ou d’activités,
absents à Ré. Cette organisation générale,
proche sur Oléron, n'y est néanmoins
pas aussi claire.
Les
ports forment les principales compositions paysagères
construites : ce sont des ports de plaisance ou des petits ports
de pêche, dénués de toute superstructure
industrielle. Ils accueillent principalement des voiliers ou
de petits bateaux de pêche très colorés.
Ils forment ainsi, puisque la mer y est visible dans de très
belles mises en scène, le lieu privilégié
de déambulation des touristes. Ceux-ci y trouvent en
outre toutes sortes de commerces adaptés (terrasse de
cafés, glaces, souvenirs, vêtements de marine,
tableaux représentant l’île…).
L’île
de Ré dans son entier semble avoir évité
toute construction trop écartée de son identité
propre : pas d’habitat collectif, d’usines, de stations services
voyantes, de centres commerciaux… Cette particularité
du bâti contribue fortement, avec l’absence de publicité,
au caractère singulier de Ré, qui apporte selon
le guide bleu "une rupture avec l’agitation du continent… un
lieu de magie". Oléron, de façon
moins immédiate, offre un grand nombre de sites et d'ambiances
aux affinités proches. Des villages de l'intérieur
aux rues très étroites ont conservé leur
caractère rural et insulaire spécifique, par une
délimitation des extensions pavillonnaires en retrait.
Pour
les presqu'îles, les regroupements humains se sont constitués
à l'extérieur des marais, sur les coteaux et
la bordure de plateau. Les presqu'îles étaient
initialement indépendantes les unes des autres, n'organisant
des relations qu'avec leur arrière pays ou la mer.
Les traversées des marais étant longtemps demeurées
difficiles, les flux nord / sud sont récents.
L'implantation
des fermes sur les presqu'îles…
Les
bourgs et villages sont installés sur d'anciennes îles,
au dessus de la cote des 10 m. Leurs tours et clochers sont
perceptibles comme amers depuis les marais. Parfois les fermes
sont installées en pied de coteau, en presqu'île
de Moëze, ce qui les rend particulièrement
exposées à la vue depuis le marais. La proximité
de Rochefort donne aussi lieu au développement d'une
architecture périurbaine sans caractéristiques.
Dans la presqu'île de Marennes, les grosses
fermes sont installées en position charnière entre
les territoires de culture du plateau et les territoires de
pâture du marais.
Ces
fermes s'organisent autour d'une cour protégée
par de hauts murs compacts et massifs. Leurs bâtiments
sont à l'échelle de l'ampleur des espaces du marais,
qu'elles dominent.
…
ou de la localité balnéaire en presqu'île
d'Arvert
La
presqu'île offre deux localités balnéaires
familiales : Ronce les Bains édifiée pour les
vertus de l'air iodé, des senteurs balsamiques des pins
et du microclimat ; et la Palmyre, station balnéaire
des Mathes, avec son célèbre zoo et sa non moins
célèbre villa construite par le Corbusier en 1935.
Les autres localités sont modestes et présentent
le paysage ostréicole traditionnel plein du charme des
vieilles ruelles et des richesses romanes habituelles dans la
région.
Dans
les marais, la position des motifs construits vient rappeler
les caractères anciens des golfes et de leurs îles…
Les
exploitations et les villages des marais desséchés
du Marais Poitevin ou des marais de Rochefort
restent principalement sur "la terre ferme", le long des côtes
mortes, sur les "îles" ou autres affleurements, et viennent
renforcer les contrastes entre les terres basses du marais et
les terres hautes de la plaine autour. Le système des
cabanes de marais desséchés (habitations et exploitations
agricoles, datant du XVIIe siècle, régulièrement
réparties le long d’un canal) est encore très
visible le long du canal de la Banche (Marais Poitevin).
Des
sites stratégiques…
Le
Site de Fouras (littéralement pays de forêt) est
occupé depuis l'antiquité. Les Seigneurs de Fouras
érigèrent un château fort au Moyen Age,
le donjon fut reconstruit à la fin du XVe siècle
puis entouré de fortifications par Vauban, à la
fin du XVIIe pour la défense avancée de l'arsenal
de Rochefort. Aujourd'hui, "balcon de l'Atlantique", Fouras
est une des cités balnéaires qui concentrent la
majeure partie de la fréquentation résidentielle
balnéaire départementale.
Des
motifs construits plus modestes, mais fortement identitaires.
Les
motifs construits liés à l'eau et à sa
gestion : ouvrages hydrauliques, ponts et passerelles, appontements
participent fondamentalement à l'organisation paysagère
(ainsi qu'à l'idée) des marais. Hormis quelques
anciennes cabanes d'exploitation datant du XVIIe siècle
en marais de Brouage, ou d'autres abritant le
bétail, le cœur du marais est désert d'installations
humaines : les fermes et villages ont pris place sur les îles
ou les coteaux, en position charnière entre les terres
de culture des hauteurs, et les terres de pâture du marais.
Sur la frange littorale, l'activité ostréicole
s'accompagne de regroupements de cabanes situés le long
des havres de Brouage et de Mérignac. A l'extrémité
de sa presqu'île, la Tour de Broue constitue un repère
facilement identifiable (et emblématique), ainsi que
d'autres (éléments hauts émergeant de la
ligne des coteaux) dans une moindre mesure. La citadelle de
Brouage est un amer plus discret, émergeant à
peine du marais dont elle a adopté l'horizontalité.
Tour et citadelle sont des point forts dans la découverte
du site, apportant la marque du temps à ce territoire
du marais qui paraît sans âge.
Les
cabanes d'ostréiculteurs du marais de Seudre
sont disséminées le long des canaux où
s'amarrent les barques de travail. Autrefois en bois peint ou
enduites de coaltar, elles sont aujourd'hui construites en dur,
mais toujours couvertes de tuiles ou de tôles avec les
mêmes couleurs de rouille et d'ocres. Le Bassin de Marennes
est par ailleurs bordé de charmants villages voués
à l'ostréiculture :
-
La Tremblade (du défrichement d'un bois de trembles)
est le premier port ostréicole de France. Le village
est établi sur la presqu'île originelle, butte
calcaire qui relie Saint Sulpice de Royan à la Tremblade,
-
Sur l'autre rive, la Cayenne, port de Marennes, ancien
embarcadère pour la Tremblade, s'installe à l'extrémité
d'un canal bordé d'une route ponctuée de cabanes
ostréicoles. Un jeu d'écluses chasse la vase du
chenal grâce à l'apport d'eau douce du canal de
la Seudre à la Charente.
-
Mornac sur Seudre (étymologiquement "eaux calmes")
: l'ancien village fortifié fut autrefois le repaire
de naufrageurs, bientôt remplacés par les pêcheurs
et sauniers et aujourd'hui par les ostréiculteurs. Place
forte pendant les guerres de religion, il fut partiellement
détruit puis restauré. Le village est parcouru
de venelles bordées de roses trémières.
Reliant le village au marais, elles convergent vers le port
et ses cabanes ostréicoles colorées.
-
Saujon : ancien port de mer à l'embouchure de
ce qui fut un large estuaire. L'envasement progressif sonna
la fin du trafic marchand. En 1860, la fondation d'un établissement
thermal, accompagné d'architecture thermaliste issue
de la conception hygiéniste anglaise, a donné
lieu à la naissance d'une ville d'hiver de dimension
réduite.
Spécificité
des claires de la Seudre
Quelques
établissements ostréicoles sont isolés
en plein marais. Ils sont accompagnés de tout le matériel
nécessaire aux différentes étapes de l'élevage
des huîtres, cageots, trépieds de parc, coquilles
Saint Jacques ou tuiles qui sont entreposés sur les abotteaux.
Le soleil, le vent et le sel leur donnent une patine faite de
gris passé réchauffé par les couleurs de
rouille. Les chemins eux mêmes sont remblayés en
débris de coquillages concassés rapportés
sans cesse à mesure que des ornières se creusent.
Une
architecture qui se démarque des autres architectures
du littoral charentais : l'architecture balnéaire de
la Côte de Beauté est emblématique.
Ses paysages s'en ressentent formidablement.
Dans
leur quasi-totalité, les bourgs du secteur se sont installés
au creux des conches sablonneuses qui entaillent la côte.
Située au débouché de l'estuaire de la
Gironde, Royan est installée sur la plus vaste de ces
conches. Cette architecture garde la trace des lotissements
inspirés des modèles hygiénistes anglais,
qui voient le jour à la fin du siècle dernier
à Royan et Pontaillac : les "villes d'hiver". "L'architecture
balnéaire, dont le littoral royannais possède
un remarquable échantillon, répond aux désirs
citadins d'évasion et de fantaisie. Mal jugée
en ville, l'extravagance est ici du dernier chic, reflétant
avec encore plus d'éclat les différences sociales.
Un principe fédère cependant l'éclectisme
des modèles architecturaux de la fin du [XIXème]
siècle : la recherche de la vue, du décor et de
la couleur." (Guide Gallimard de la Charente-Maritime -
1994). Les villas s'inspirent de styles régionalistes
(néo-normand, basque), exotiques, néoclassiques
ou Art Nouveau, ou prennent la forme de "cottages" colorés
ou de castels monumentaux. Le nouvel urbanisme, né de
la reconstruction de Royan après la deuxième guerre
mondiale constitue le front de mer. Il souligne le creux de
la conche par le déploiement d'une longue façade
courbe. Cette paroi, orientée au sud, est percée
pour distribuer de courtes voies rayonnantes croisées
par un boulevard restituant le tracé de la voie de communication
principale, le boulevard Briand. Derrière lui s'élève
l'église Notre Dame, œuvre de l'architecte Guillaume
Gillet et de l'ingénieur Bernard Lafaille, fleuron de
l'architecture du vingtième siècle. Au petit port
de pêche de Royan, qui a été déplacé,
est accolé un port de plaisance, récemment étendu
pour comporter plus de mille anneaux. Sur la façade atlantique,
c'est le troisième port en nombre de places, point de
départ pour le cabotage à la journée en
remontant la Gironde, sous les falaises ou auprès des
côtes du Médoc.
Non loin de Royan, à La Palmyre, Le Corbusier avait réalisé
en 1935 la villa Le Sextant, dont la justesse formelle est indémodable.
Indépendamment
de cette architecture de caractère balnéaire,
celle des bourgs de Meschers et de Talmont raconte l'histoire
plus ancienne de la côte, et rappelle son appartenance
saintongeaise. Les grottes de Meschers, creusées dans
la falaise à la préhistoire, ont servi de refuge
aux protestants pendant les guerres de religion ; l'église
de Talmont est un joyau de l'architecture romane de Saintonge.
Dans
les marais de Gironde, les fermes sont peu nombreuses
et dispersées. Les seules autres formes construites du
marais sont celles des ports. Les bourgs implantés sur
le coteau se prolongent jusqu'aux rives de l'estuaire et les
ports sont établis de part et d'autre de chenaux d'accès
au fleuve. Les pontons sont fixés sur des berges herbeuses
bordées de vieilles maisons charentaises. Deux types
d'embarcation y sont typiquement amarrées : les yoles
filadières et les yoles de mer aux tauds colorés.
D'autre part les carrelets émaillent la côte depuis
Saint Palais jusque dans le haut estuaire de la Gironde. Ils
constituent une des images emblématiques du littoral
charentais, souvent représentés dans les dépliants
touristiques ou les cartes postales... Ce sont les sentinelles
de l'estuaire : ces cabanes sur pilotis sont reliées
à la berge par un ponton qui s'avance afin d'atteindre
les eaux plus profondes, on y relève un filet carré
en forme de poche de 3 à 5 m d'envergure à l'aide
de contrepoids.
E
- LES RESEAUX DE ROUTES, DE CANAUX...
(Voir
paragraphe sur la perception sensible I.2 -)
Les
routes et chemins soulignent des organisations fonctionnelles
anciennes des marais, cela est plus particulièrement
flagrant dans le marais de Brouage avec le réseau
originel toujours en place des "taillées" (chemins).
Ces
taillées épousent la forme sinueuse des chenaux
et "ruissons", et sont disposées en antennes depuis une
sorte de chemin périphérique situé au pied
de la bordure continentale ; elles s'achèvent souvent
en impasse au cœur des anciennes exploitations salicoles qu'elles
desservaient. Au contraire, les routes récentes, issues
de la logique des grands travaux d'assainissement, épousent
le tracé des canaux rectilignes des XIIIe et XIXe siècles
; comme eux, elles sont parfois bordées d'arbres de haut
jet qui signalent leur passage. Mais le motif associant le réseau
viaire et le réseau hydrographique avec ses lignes de
roseaux reste le plus caractéristique du marais.
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II
- LES
DYNAMIQUES ET ENJEUX DE PAYSAGE |
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II1
- LES PRINCIPALES DYNAMIQUES
DES PAYSAGES LITTORAUX |
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Les zones littorales sont probablement, dans l’ensemble régional,
celles qui présentent, au regard de leur évolution
et des modifications paysagères, les situations les
plus complexes.
Cette
complexité est due à une double accumulation.
Accumulation
des paysages concernés d’une part. Le littoral charentais
forme en effet une véritable mosaïque de paysages
qui se côtoient et s’entremêlent, mais que de par
leurs spécificités et leur caractères propres
ont des logiques distinctes.
Accumulation
des forces de développement à l’œuvre d’autre
part. Sur ce littoral, comme sur de nombreuses côtes françaises,
les dynamiques du développement urbain, du développement
touristique et du développement agricole sont fortement
et simultanément en jeu. De plus, aujourd’hui ces dynamiques
à fort impact sur les territoires et leurs paysages doivent
composer avec une exigence accrue de prise en compte des richesses
environnementales que représentent ces secteurs à
l’échelle nationale ou européenne.
La
complexité de la situation qui en découle, rend
l’analyse et la prospective difficile notamment en terme d’impact
sur le paysage. Un travail exploratoire plus détaillé
serait nécessaire sur cette question. Nous ne tracerons
ici que les traits les plus généraux et les plus
marquants.
Le
développement urbain du pôle rochelais entraîne
dans son sillage une large parie du secteur.
Avec
près de 200 000 habitants cette zone est la plus urbanisée
de la région. La population, jeune, y est en forte croissance.
L'activité y est essentiellement tertiaire.
Cet
espace se structure autour du l'unique grand pôle d'emploi
de la zone : l'agglomération de La Rochelle qui rassemble
les plus grands établissements employeurs de la zone.
Les déplacements domicile-lieu de travail sont donc nombreux
entre La Rochelle et les communes limitrophes, mais aussi des
cantons plus éloignés de Courçon et d'Aigrefeuille
d'Aunis (voir également Paysages urbains
et Plaines de champs ouverts).
L'extension
des espaces résidentiels périurbains se pose de
façon sensible sur les franges de l'agglomération
: la ceinture périurbaine concentre la croissance démographique
au détriment de la ville-centre qui perd des habitants.
Les implications tant au niveau de l'évolution du paysage
que du fonctionnement de l'espace sont fortes, en particulier
aux sorties de ville, le long de la RN137 vers Rochefort au
sud et de RN11 vers Niort, où l'éparpillement
des établissements industriels ou commerciaux est de
plus en plus sensible.
Au
delà de la zone directement sous l’influence du pôle
rochelais, c’est l’ensemble du littoral qui connaît
une progression démographique importante.
Le
littoral forme de ce fait un grand ensemble qui en terme de
croissance et de densité de la population est comparable
aux grandes agglomérations de la région.
En
dehors du dynamisme économique endogène, la fonction
d’accueil et de villégiature des communes du littoral
est importante notamment pour les îles de Ré
et d’Oléron, la côte de beauté
et la presqu’île d’Arvert (croissance démographique
liée au solde migratoire et proportion de personnes âgées
supérieurs à la moyenne). Comme sur de nombreuses
côtes bénéficiant d’un cadre naturel et
d’un climat agréable, le phénomène de développement
touristique ne doit pas être appréhendé
uniquement comme une fréquentation momentanée
en période estivale, mais également comme un phénomène
de développement résidentiel à vocation
plus ou moins permanente ou secondaire. Cette tendance constitue
donc un effet multiplicateur par rapport au développement
urbain traditionnel. Par rapport aux paysages, ce développement
a la particularité de toucher, par principe, les lieux
de qualité reconnus pour leur ambiance, leur pittoresque,
leur douceur de vivre. Il ne pourra d’ailleurs s’y poursuivre
que dans la mesure ou ces critères d’attractivité
perdureront. Il est important de noter que cette fonction de
villégiature a parfois contribué à forger
une image de qualité de certains sites et de leur architecture
(villes d’hivers de Royan et de Châtelaillon par exemple).
La
fréquentation touristique en tant que telle (fréquentation
estivale) constitue un facteur puissant de transformation
du paysage.
Qu’il
s’agisse du développement des secteurs d’hébergement
(hôtellerie de plein air, centres de vacance, zones résidentielles),
des infrastructures (routes, parking …), des zones de loisirs
ou des perturbations et dégradation subies par les milieux
les plus fragiles (dunes, forêts …) les occasions de modification
du paysage sont nombreuses. A contrario, les aménagements
réalisés pour mieux répondre à ces
besoins et trouver des solutions adaptées à la
qualité des lieux peuvent conduire à l’amélioration
des paysages et à leur image de marque. Il es est ainsi
des réalisations de pistes cyclables (Ile de Ré,
presqu’île d’Arvert) et du traitement des
problèmes de stationnement et de cheminements sur les
plages.
Comme
l’ensemble des territoires ruraux, le développement
de l’agriculture (plus généralement des activités
primaires), le changement plus ou moins rapide des spécialisations
économiques et des systèmes d’exploitation constituent
les premiers facteurs de transformations du paysage. Dans
les paysages littoraux, ce phénomène est particulièrement
marquant dans les marais qui ont connu au cours de ces dernières
décennies les effets d’une profonde et rapide transformation
de l’agriculture.
Tous
les marais charentais sont issus d’aménagements successifs
ayant permis la mise en valeur agricole de territoires conquis
sur la mer. A la fin des années 50, ils présentaient
le visage de zone d’élevage "extensif" où la prairie
permanente dominait.
Le
soutien accordé depuis 1962 par la Politique Agricole
Commune aux grandes cultures et aux élevages "intensifs",
allié aux progrès des techniques agronomiques
obtenus dans les années 70 80 (drainage par planche
puis par drains enterrés) ont entraîné notamment
dans le marais de Rochefort et le Marais
Poitevin, le développement des cultures (céréalières
et fourragères) au détriment des prairies naturelles,
mais aussi, avec elles, d’autres éléments du paysage
(fossés, haies).
Le
mesures agri environnementales progressivement mises en œuvre
à partir de 1990 sur les marais charentais (six opérations
locales en cours) ont fortement contribué à maintenir
les prairies naturelles restantes. Si ces mesures de soutien
perdurent elles devraient permettre de maintenir le statu quo.
Il serait néanmoins nécessaire dans le cadre des
Contrats Territoriaux d’Exploitation de dépasser le seul
soutien aux surfaces en herbe pour mieux prendre en compte les
systèmes d’élevage dans leur globalité
économique et dans leur contribution au paysage.
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II2
- LE DIAGNOSTIC PAYSAGER |
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A - ATOUTS ET FAIBLESSES
Les
paysages littoraux ont sur les plans de leurs qualités,
de leurs originalités et de leurs particularismes de
très nombreux atouts dont la réputation dépasse
largement nos frontières. Ces paysages représentent
pour la région Poitou-Charentes un formidable potentiel
d’image et de développement.
L’ensoleillement,
la douceur du climat, les variations raffinées de lumière,
la beauté des îles et de ces mers intérieures
que sont les pertuis, la particularité et la richesse
écologique des marais ainsi que des baies, sont autant
d’éléments constitutifs de cette diversité
et de cette qualité paysagère littorale.
La
subtilité et la multiplicité des contacts entre
terre, marais et océan est à l’origine de la diversité
de ces paysages à la fois sensibles et pleins d’attraits.
Tandis
que de la terre à la mer, les "paysages de l’eau" s’enchaînent
et se succèdent, , c’est également, en longeant
la côte, une suite de paysages rythmés par l’alternance
des marais et presqu’îles qui anime le littoral.
De
Niort à la mer, la Venise Verte, le Marais
Poitevin (marais desséchés / mouillés)
jusqu’à l’anse de l’Aiguillon offrent une
succession unique d’ensembles paysagers étendus, variés,
et complémentaires. Leur atout commun repose sur les
valeurs de contrastes qu’ils révèlent, en particulier
lors des parcours d’est en ouest. Les jeux de "dualité"
des marais desséchés du Marais Poitevin
avec les marais mouillés de la Venise Verte
d’une part et l’anse de l’Aiguillon d’autre part,
sont fondamentaux.
Considéré
isolément, l’estran de l'anse de l'Aiguillon quant
à lui, prend des proportions telles qu’il
forme en soi un paysage. Le phénomène des marées
s'y manifeste dans une dimension horizontale extrême.
C’est un paysage assez puissant et beau pour rivaliser aujourd’hui
avec l’image (mentale) des côtes de plages qui notamment
depuis les années 60 ont constitué l’attrait
touristique presque unique du littoral. Outre ses qualités
propres, l’anse s’inscrit magnifiquement au carrefour d’un autre
enchaînement majeur de paysage, celui de la côte
interrompue brutalement par l'estran lui-même.
Le
marais de Brouage, qui a été moins
touché que les autres marais littoraux par la mise en
culture et le drainage, a gardé les traces de son passé
de marais salant comme fossilisées sous l'enveloppe des
prairies et des roselières, ce qui lui confère
une grande cohérence paysagère. Les deux presqu’îles
de Marennes et de Moëze qui occupent ses horizons accroissent
le sentiment d’unité paysagère. De plus, ce marais
bénéficie d’un atout particulier avec les deux
points de vue que constituent la citadelle de Brouage d’une
part et la tour de Broue d’autre part. Ces lieux, dont la fréquentation
touristique crée une occasion pour de nombreux visiteurs
de voir le marais, renforcent et complètent par leur
caractère historique sa dimension.
Derrière
la presqu’île de Marennes, les marais
de la Seudre qui composent un ensemble original d'une
grande spécificité présentent une attractivité
de niveau européen.
La
qualité du milieu est en grande partie liée à
la salubrité de ses eaux. L’activité ostréicole
a su imprimer dans les paysages de l’estuaire des motifs très
spécifiques qui évoquent les paysages de rizières
en terrasse d’Asie.
Ne
serait-ce que par l’imaginaire qu’elles suscitent, les îles
présentent des atouts paysagers majeurs et incontestables.
Les
efforts déployés, tant en planification, protection,
aménagement et promotion, font de l’île de
Ré un cas très spécifique de paysage
: l’insularité, la vocation touristique, la réputation,
et peut-être aussi l’idée de prévenir des
dangers de dérive suscités par le pont, ont instauré
une situation de paysage protégé. Il se trouve
que le territoire présente un nombre d’atouts considérable
: variété des paysages, fort degré de personnalité
spécifique pour chacun d’eux…
En
outre, la prospérité touristique a permis (et
permet encore) de mettre en œuvre des moyens importants y compris
dans la diffusion des images auprès d’un vaste public,
ce qui n’est pas sans incidence sur la mobilisation (collective
ou individuelle) autour de la qualité des paysages insulaires.
Ici,
les conditions sont donc réunies pour former comme "un
grand jardin", circonscrit, beau, varié, équipé
et ensoleillé, bref une destination rêvée
et appréciée.
L’île
d'Oléron présente également un
potentiel paysager immense, une variété de milieux
et d’espaces formant un ensemble très appréciable.
Les
possibilités de lire la terre au-delà des mers
intérieures, d’apprécier la diversité
de couleurs et de textures des anses et baies ou de "prendre
de la hauteur" sur les presqu’îles ou certaines côtes
rocheuses (pour de plus larges points de vue) créé
et entretient l’attrait paysager global de l’espace littoral
charentais.
Toujours
en terme de qualité paysagère, il convient ici
d’adresser une mention spéciale à la Côte
de Beauté qui n'a pas volé son nom. Comparée
aux étendues de rivages plats de la côte atlantique,
les falaises ourlées de pins et de chênes verts,
les criques et les plages de sable fin de l'estuaire de la Gironde
offrent un pittoresque plus immédiat et fortement séduisant.
L'appartenance charentaise est bien présente, notamment
dans l'architecture des vieux bourgs. Les développements
liés à la naissance du tourisme balnéaire
apportent également des images d'ailleurs ; celles qui
ont servi de référence au développement
des cités balnéaires du littoral français,
et qui assurent au touriste qu'il est bien là pour profiter
du bord de mer et des plaisirs qu'il lui offre. La douceur du
climat en est aussi garante. Les qualités remarquables
de son site naturel sont un atout essentiel pour le secteur.
La
presqu’île d’Arvert présente un potentiel
paysager d'une très grande qualité : variété
de milieux et d'espaces capables de former un ensemble, complémentarité
avec les entités voisines des marais de la Seudre
et de la Côte de Beauté.
Des
faiblesses, notamment aux abords des villes et bourgs (mitage
et banalisation des espaces résidentiels et périurbains),
liées à un développement (endogène
ou touristique) trop rapide pour permettre de l’inscrire dans
des projets collectifs en faveur du paysage.
C'est
notamment le cas entre l'agglomération rochelaise et
le secteur des côtes d'Aunis. L'extension
problématique des espaces résidentiels périurbains
se pose de façon sensible sur les franges de l'entité.
Aux sorties de ville, l'éparpillement des établissements
industriels ou commerciaux est de plus en plus sensible : densification
des espaces résidentiels, avancée du front périurbain
sans dialogue avec le paysage rural.
Sur
l’île d’Oléron, l’arrivée
massive et certainement difficile à appréhender
dans les années 60 à 80 du tourisme et de ses
équipements a créé une banalisation importante
des espaces qui entache aujourd’hui bon nombre d’ambiances paysagères
de l’île.
La
presqu'île de Marennes, en dehors de l’association
de son nom aux productions ostréicoles de qualité,
offre des paysages peu caractéristiques et surtout peu
représentés en temps que tels.
Des
marais de moins en moins lisibles comme marais.
C’est
notamment le cas des marais de Rochefort et du
Marais Poitevin (marais desséchés / mouillés)
en particulier des secteurs de marais bocagers aujourd’hui relictuels.
Les marais de Gironde quant à eux, constituent
un site peu connu, évincé (pourrait-on dire) par
les autres marais littoraux. En outre, les difficultés
d'accès au rivage ne lui sont pas favorables en terme
de fréquentation ou de simple découverte. Le marais
de Brouage lui-même, souffre d'un déficit
d'image que ses nombreux intérêts (historique,
culturel et écologique) ne suffisent pas encore à
combler ; il ne profite pas non plus d'une reconnaissance économique
qui valoriserait son territoire comme a pu le faire la production
salicole par le passé. Son paysage nécessite connaissance
et compréhension pour être apprécié
dans toute sa richesse.
B
- MENACES
De
la même façon que les paysages littoraux présentent
une grande diversité de qualités, dynamiques,
enjeux et atouts paysagers, ils en concentrent aussi par voie
de conséquence les menaces.
Des
menaces liées à la non-conciliation d’intérêts
entre activités économiques qu’elles soient
agricoles, industrielles, touristiques ou urbaines et les
qualités spécifiques des espaces.
Les
formations végétales et autres structures paysagères
des marais sont sous la dépendance étroite des
pratiques agricoles. Les menaces sur les paysages de marais
reposent sur l’absence de formulations claires de projets territoriaux
concertés propres à gérer ce patrimoine
agricole, environnemental et paysager. Les plus caractéristiques
de ces motifs végétaux et paysagers sont liés
à un mode d'élevage extensif. Charge pastorale,
date de fauche, gestion du réseau hydraulique et sa conséquence
sur l'hydromorphie des parcelles (…) confèrent aux prairies
leur aspect si particulier. Remembrement, nivellement et drainage
(des plus flagrants en marais de Rochefort et
Marais Poitevin (marais desséchés / mouillés))
sont des actions susceptibles de transformer le paysage du marais
de façon irréversible. L'évolution des
pratiques agricoles perturbe la lecture et la qualité
du paysage :
-
diminution de la perception de la distinction terre haute /
terre basse,
- simplification des horizons du fait de la mise en culture,
- perte de l'ambiance particulière de zone humide du
fait du drainage, de la simplification du système hydraulique
et de l’effacement des petits ouvrages liés à
l’eau (bondes, passerelles ...)
A
l’opposé dans d’autres partie de marais, l'abandon par
l'homme signe tout autant la disparition de ce type de paysages
: envasement du réseau hydrographique, installation progressive
de friches herbacées puis ligneuses fermant peu à
peu l'horizon.
Aussi,
le principal danger serait d’oublier dans les projets dont chaque
territoire se dote actuellement (Projets de territoire, Contrats
de ruralité, CTE…) les dimensions écologiques
et paysagères. Les pratiques agricoles ont dans chacun
des marais (comme ailleurs), la nécessité de s’accorder
aux exigences de milieux, de ressources et de qualités
propres. L’évolution du marais tout entier est à
réinventer, le paysage en constitue un volet non négligeable.
Si
les vasières semblent échapper aux pressions humaines
directes, elles restent cependant sous l’étroite dépendance
de la qualité des eaux charriées dans les estuaires
en provenance des bassins versants.
Les
teneurs croissantes des eaux en nitrates, phosphates et résidus
de pesticides agricoles, pourraient à la longue perturber
gravement l’équilibre de ces milieux estuariens (eutrophisation
des eaux, pullulations d’algues etc.). Les conséquences
d'une perte de qualité des eaux sur le paysage tient,
par exemple, dans la disparition progressive des bouchots ou
des carrelets.
En
marais de Seudre, la valorisation des paysages,
fortement liée à l'activité ostréicole,
est freinée par la contradiction intrinsèque entre
mise en valeur paysagère et développement de la
rentabilité de l'outil de travail. Les possibles changements
d'échelle d'activité laissent présager
de l'évolution du paysage ostréicole. Si une révision
des exploitations est nécessaire pour leur rentabilité
ultérieure, rien ne s'oppose à ce que celle-ci
passe par une recomposition paysagère adaptée.
L'intérêt
que l'on porte aux marais ne doit pas masquer l'importance
du cadre formé par les presqu'îles qui le bordent.
En
terme de cohérence des paysages littoraux les opérations
d'aménagement menées sur ces presqu'îles
constituent une menace pour la qualité paysagère
des marais lorsqu’elles se font sans tenir compte de leur fonction
d’horizon. Le rôle de passage joué par les presqu'îles
dans les itinéraires d'accès au littoral, en particulier
de la presqu'île de Marennes à l'île
d'Oléron, pose des problèmes de périurbanisation
avec la prolifération anarchique de zones commerciales
et d'activité sans composition avec le paysage.
En
presqu'île d'Arvert, la prolifération
des "attractions" bien qu'elle réponde économiquement
à certains des objectifs de développement touristique,
ne doit pas se faire sans une prise en compte globale de l'intérêt
des paysages.
Les
extensions urbaines ou d'équipements insuffisamment
réfléchis et adaptés aux différents
contextes paysagers, constituent une forte menace de banalisation.
La
progression de La Rochelle constitue une menace de disparition
de la côte d'Aunis en tant que surface de
contact entre cette province et la mer, c'est-à-dire
de la disparition des perceptions liées à la constitution
d'un horizon rapproché laissant deviner l'immensité
invisible de la mer.
Le
développement des résidences touristiques et de
l'habitat (Ré, Oléron,
côte d’Aunis) représente une menace
potentielle pour la pérennité d'ambiances faites
de territoires agricoles ou autres espaces naturels. Au-delà
des problèmes techniques d’embouteillages et d’assainissement
(notamment insulaires) c’est la qualité des paysages
de plus en plus exigée par le tourisme (avec le soleil
et la mer), qui est touchée par les développements
urbains rapides et insuffisamment maîtrisés sur
le plan qualitatif. Le phénomène de banalisation
déjà bien entamé sur l'île
d'Oléron risque de s’aggraver, au point de démolir
les qualités potentielles du territoire. Les difficultés
d’adaptation font craindre un abandon des marais salants voire
même des claires. Même si les initiatives d’aménagement
qualitatif des espaces se multiplient, ils demeurent encore
trop faibles ou trop localisés.
La
périurbanisation balnéaire à l'arrière
de Royan et de la côte de Beauté
et le long des principaux axes routiers : La Rochelle-Royan,
Royan-Saintes, Royan-Pons-Bordeaux pose les problèmes
habituels de prolifération anarchique de zones commerciales
et d'activité. Le développement des résidences
touristiques représente une menace potentielle à
la pérennité des ambiances faites aussi de territoires
forestiers et marécageux. Si les boisements de la côte
"absorbent" tout de même une partie de l'urbanisation
qui s'est concentrée à proximité du rivage,
l'arrière-pays se densifie peu à peu, et perd
ainsi progressivement ses qualités rurales. Ces évolutions
entraînent une perte d'identité des paysages, par
la confusion des limites entre zones "naturelles" et bâties,
par la création d'espaces non bâtis résiduels,
ingérables comme espaces agricoles, et plus reconnus
comme tels. Les coupures d'urbanisation se réduisent
progressivement dans l'arrière-pays. La systématisation
d’un tel processus constitue une véritable menace paysagère.
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II3
- LES MESURES EN COURS |
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A - MESURES DE PROTECTION OU DE GESTION
NB
: la liste des mesures de protection ou de gestion existantes
dans les paysages littoraux est trop longue pour figurer ici.
Le
schéma de mise en valeur de la mer (S.M.V.M.)
est un document de référence en cours d’application.
L'un de ses intérêts majeurs est de mettre en cohérence
les différents types d’exploitation des rivages.
Une
grande partie de ces espaces littoraux est concernée
sur tout ou partie de son territoire par des procédures
visant à la protection des biotopes, des espèces
et des paysages A ce titre il faut citer les zones de protection
des oiseaux (ZICO, ZPS) mais surtout la notification en cours
des sites littoraux (marais, baies, pertuis, estuaires) au titre
de la directive " Habitats " pour plusieurs dizaines de milliers
d’hectares. Plusieurs Réserves Naturelles ainsi que des
Réserves Naturelles Volontaires ont vu le jour (la baie
du Fiers d’Ars, marais d’Yves, marais de Moëze, baie de
l’Aiguillon).
Les
actions "conservatoire".
Les
procédures d’acquisition engagées par le Conservatoire
de l’espace littoral et des rivages lacustres constituent une
très importante mesure de sauvegarde pérenne des
milieux et des paysages. Elles concernent plusieurs sites sur
l’île de Ré (Fiers d’Ars, Loix, Rivedoux…), sur
Oléron (Chassiron, marais du Douhet), dans les îles
d’Aix et Madame, de l’estuaire de la Charente, des marais d’Yves,
de Moëze, de Brouage et de Seudre, des Combots d’Ansoine
et de la Forêt de Suzac.
Action
prolongée par celle du Conservatoire d’espaces naturels
de Poitou-Charentes en marais de Brouage et de Seudre essentiellement.
B
- POLITIQUES SECTORIELLES INCITATIVES
Quelques
exemples d'opérations (agri-environnementales, Grands
Sites)
Dans
les marais :
La
mise en place de procédures de type agri environnemental
(OGAF agriculture environnement puis OLAE, Plan de Développement
Durable) a particulièrement touché les marais
du littoral charentais. Ces marais ont d’ailleurs été
souvent considérés comme lieux d’expérimentation
pour ces mesures nouvelles :
marais
de Rochefort pour l’application de l’article 19 (1989) et pour
le Plan de Développement Durable (1993),
Marais
Poitevin pour le Plan de Développement Durable (1993).
Ces
mesures, en permettant le maintien des prairies naturelles humides
mais également des boisements et du réseau de
fossés, ont eu un impact important sur les paysages de
marais. Leur poursuite en tant que telles où à
travers les futurs CTE constituent un enjeu prioritaire.
Opération
"Grands Sites" sur Ré et Brouage
Dans
les années 1980, l’opération "Grands Sites" sur
Ré a permis des réalisations : aménagement
et stabilisation des dunes, parkings des plages, enfouissement
des ligne Aujourd’hui la presque totalité de l’île
de Ré est classée au titre de la loi de
1930.
Une
opération "Grands Sites" mise en place sur la commune
de Hiers-Brouage en 1989 a eut pour objectif la mise en œuvre
d'un projet global, culturel et économique, assurant
la pérennité du site et permettant d'en améliorer
la compréhension par les visiteurs
Aménagements
de chemins
Une
portion de chemin côtier autour de l'anse de l'Aiguillon
(de la pointe Saint Clément vers La Rochelle) a été
aménagée par le conseil Général
de la Charente-Maritime.
Révision
de Plan d'Occupation des Sols, précédée
d'un plan de paysage
La
révision du Plan d'Occupation des Sols de l'Ile d'Aix
(pertuis d'Antioche) est en cours. L'objectif de la révision
étant :
-
la prise en compte de la Loi Littoral dans les documents d'urbanisme,
- la mise en place des possibilités d'un développement
communal (densification urbaine modérée, développement
des activités conchylicoles et artisanales,
- la reconquête des friches (avec projet de développement
agricole, accueil touristique,...) respectueuse des qualités
paysagères et patrimoniales de l'île, et conciliant
les multiples protections dont elle est l'objet.
La
révision du POS a été précédée
de la réalisation d'un Plan de Paysage, outil diagnostic
et prospectif, qui permet d'instaurer le paysage naturel et
urbain comme élément fondateur des documents
réglementaires.
Autres
actions
Dans
le but de dynamiser le tourisme lié à la Gironde
(trop peu identifiée à ce titre), le département
mène un projet de "parc de l’estuaire" à la pointe
de Suzac, lié à la présence de la forêt
sur la côte. En complément, un chemin piétonnier
et cyclable est programmé pour relier cette opération
à celle des marais de Vitrezay, et permettra de mettre
en valeur les paysages de l’estuaire.
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II4
- QUELQUES BOÎTES A
IDEES |
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La présente étude d'atlas ne peut identifier toutes
les actions d'aménagement ou de planification envisageables,
elles nécessitent toutes la formulation d'un projet de
paysage comme préalable aux programmations économiques,
et qui seul sera garant de la qualité des paysages de
plus en plus implicitement exigée par le tourisme. Néanmoins,
un certain nombre d'actions ou d'éléments d'identification
de projets communautaires peuvent être énoncés.
La
mise en valeur de l'eau et la révélation des
traces de l'histoire au-delà du monument (et du monumental)
c'est-à-dire à l'échelle des territoires
doivent être les fondements des projets d'aménagements
et/ou de paysage afin de garantir la lisibilité et
la qualité des sites.
En
ce sens, les caractéristiques essentielles du paysage
de marais, témoignant de son histoire, sont des références
à respecter :
-
la forme, l'échelle et le relief des parcelles (des claires
pour la Seudre), unités de structure intimement liées
à la forme et à la densité du réseau
hydrographique,
- l'hétérogénéité de textures
et de couleurs des prairies,
- la rareté de la végétation ligneuse,
avec pour corollaire l'omniprésence du ciel, évoquant
l'ouverture de l'horizon marin,
- la différence entre bordure continentale et marais,
mettant en évidence la rencontre de deux mondes où,
par contraste chacun révèle l'autre.
Enfin,
pour être reconnu et apprécié, le marais
doit aussi être vu, la sauvegarde de son paysage est liée
à la découverte et à la compréhension
de ses richesses et de ses fragilités : ceci nécessite
de développer un réseau de chemins facilement
accessibles et adaptés, de retrouver la fonction de voie
de communication du réseau hydrographique, d'utiliser
les points forts balisant la traversée du marais comme
points d'ancrage et de repère, points de halte et d'information,
points de départ à la découverte du marais.
Les
presqu'îles bornent et séparent les marais ;
ce rôle dans la structure paysagère générale
du littoral est éminemment important. Il conviendrait
d'en révéler la nature à travers le parcours.
La
mise en évidence du caractère de presqu'île
(Moëze, Marennes, Arvert) par la mise en relation des marais
(ou littoral) situés de part et d'autre serait judicieuse,
en s'appuyant par exemple sur un cheminement côtier qui
traverserait celle-ci, d'un bord à l'autre. Une telle
opération doit pouvoir faire l'objet d'une réflexion
concertée et d'un projet intercommunal de paysage.
Au-delà
des sites "forts" qui jouent d'ores et déjà
un rôle moteur dans la découverte des territoires,
d'autres points de rencontre "Homme, paysage et exercice du
regard" serait à déterminer finement, sans aménagements
superflus…
La
richesse du marais de Brouage tient à la
valeur de son patrimoine historique et écologique, auquel
ses qualités paysagères sont intimement liées.
La citadelle de Brouage et la Tour de Broue sont les principaux
sites d'approche sensible du territoire. Des réseaux
de petits chemins (en place) sont à même d'enrichir
considérablement la lecture que l'on peut avoir du marais,
pour peu que des choix de sites propices à cette appréhension
soient identifiés… La citadelle de Brouage "étoile
de pierre au cœur du marais" est le lieu privilégié
de découverte du marais, où l'histoire et l'espace
sont liés : le paysage constitue en quelque sorte "l'écrin"
de la citadelle. Cette relation doit être au cœur de tout
projet sur l'espace du marais en général, de la
citadelle en particulier.
Par
ailleurs, pour une véritable reconnaissance du paysage
du marais, il serait nécessaire de promouvoir et diversifier
son image et ses représentations, afin d’enrichir le
travail amorcé par le Conservatoire du Littoral (cf.
"Brouage, photographies" de Thierry Girard).
Les
routes et autres voiries sont des lieux de paysage à
part entière.
Les
choix d'organisation et d'occupation des territoires les plus
urbanisés doivent replacer le paysage à sa juste
valeur : il est le fondement de l'identité (le visage)
du pays. Bien le comprendre, analyser ses enjeux, partager cette
compréhension sont des préalables devenus nécessaires.
La route, la rue ou le chemin, par exemple, doivent être
considérés plus justement comme des éléments
de lecture du territoire (et des liens qu'ils y instaurent)
que comme de simples vecteurs d'urbanisation.
Le
choix des lieux de développement urbain doit se faire
à l'échelle de l'agglomération, dans le
souci d'une économie des espaces naturels et du maintien
de coupures d'urbanisation. Il doit permettre de préserver
ce qui reste d'identité rurale dans l'arrière-pays.
Il
faudrait travailler finement les relations entre le littoral
de la Côte de Beauté et son arrière-pays,
et valoriser les contrastes, les passages, les points de basculement.
C'est l'accès à la Côte de Beauté
qu'il s'agit de valoriser. Inversement également, c'est
l'accès à la Charente…
Si
les marais semblent encore limiter l'urbanisation dans l'arrière-pays,
leur relation avec la Gironde disparaît quasiment à
l'approche de ses rives (voir par exemple le canal du marais
de Pousseau dans Royan) : ces relations pourraient être
entretenues et valorisées, voire par endroit restaurées.
Cela permettrait de renforcer des relations qui s'amenuisent
entre rivage et arrière-pays.
A
- POUR LA PLANIFICATION
Des
mesures réglementaires à respecter
-
Prendre en compte la Loi Littoral dans les documents d'urbanisme,
-
Prendre en compte les volets paysagers des projets d'aménagement,
-
Veiller particulièrement, dans l'élaboration des
Plan d'Occupation des Sols, au respect de la qualité
rurale des territoires (arrière-pays) : en protégeant
les sols agricoles, en favorisant le regroupement de l'habitat
autour des noyaux urbains existants, en évitant le mitage
pavillonnaire ou par des bâtiments d'activité,
en évitant les expansions urbaines étirées
le long des voies de communication,... Veiller en outre au respect
des sites ayant un intérêt intercommunal (espaces
de forte valeur paysagère liés notamment à
la perception des dégagements visuels, ...),
Des
mesures incitatives
-
Mettre en place des chartes communales et / ou intercommunales,
permettant d'inscrire le souci de la qualité paysagère
dans les préoccupations de tous les acteurs du paysage,
publics, professionnels et particuliers.
Des
états de veille constants.
-
Maîtriser le développement et l'implantation de
l'urbanisation, se soucier de l'insertion des infrastructures
dans le paysage, exiger la qualité de l'architecture
en relation avec un site ou un territoire donnés.
Pour
la lisibilité des territoires, l'identification de
leur mémoire.
-
Encourager les projets d'infrastructures permettant la mise
en évidence des rythmes, contrastes et transitions (ex.
: réseau routier aux abords de Ronce, la Palmyre, et
Royan).
-
Travailler sur le contact urbanisation / campagne, sur la conservation
de coupures d'urbanisation.
-
Veiller à la qualité et à l'intégration
des campings et installations saisonnières.
-
Encourager la qualité architecturale et paysagère
des résidences et équipements touristiques.
Des
schémas de développement et d'aménagement
urbains basés sur l'élaboration de plans de
paysage à l'échelon des Communautés de
Communes ou des Pays.
L'action
site par site ne parvient plus aujourd'hui à assurer
une qualité paysagère de territoire ; des actions
d'envergure sont fortement souhaitables.
Sur
Oléron, des initiatives prises localement
(site par site) permettent de corriger les effets induits du
tourisme de masse et de maintenir la spécificité
des paysages de l’île, substance même de son attractivité
commerciale. Quelques secteurs présentent encore des
paysages dégradés par la superposition sans composition
d’éléments bâtis de diverses natures. C’est
très vrai pour l’axe principal, anciennement voie de
contournement des villages, et aujourd’hui épine dorsale
des parcours insulaires. Une action radicale serait à
entreprendre. Le diagnostic est assez sévère sur
le plan paysager, mais touche surtout le développement
urbain.
La
charte est un premier pas, mais il paraîtrait justifié
de mener une opération de type "grand site" sur l’ensemble
de l’île, redéfinissant la répartition du
bâti, la place des circulations douces, des commerces,
de sorte à adapter le territoire à sa vocation
de loisirs sans en détruire la belle personnalité.
Un
"électrochoc territorial" seul, comprenant des opérations
de démolition, la poursuite des aménagements touristiques
de valeur, de l’adaptation des claires et des marais salants
paraît à la mesure d’un rétablissement des
qualités paysagères endommagées. La valeur
paysagère et économique des espaces va de pair
pour motiver durablement l’activité touristique.
B
- POUR L'AMENAGEMENT
Parfois,
il suffit simplement d'offrir la possibilité d'apprécier
un paysage par des vues et / ou des parcours judicieusement
choisis à cet effet.
-
Entretenir et valoriser les points de vue élevés
sur les sites de marais (Marais Poitevin desséchés
/ mouillés hors Venise Verte, marais de Rochefort) par
le biais de "fenêtres" depuis les coteaux ou des emplacements
"en quai",
-
Renforcer la perception de la bordure continentale,
-
Aménager les aires de stationnement et de repos en relation
avec les caractéristiques du site : développer
un réseau de chemins facilement accessibles, retrouver
la fonction de voie de communication du réseau hydrographique,
utiliser les points forts balisant la traversée des marais
comme points d'ancrage et de repère, points de halte
et d'information, points de départ à leur découverte.
Pour
ce qui concerne la possibilité d’apprécier le
beau paysage de l'anse de l'Aiguillon à
sa juste valeur ainsi que les richesses naturelles dont il forme
le milieu, le projet d’un simple chemin piéton et vélos,
relié à la côte d’Aunis, puis
au marais, paraît largement suffisant. Deux écueils
sont néanmoins à éviter :
la
standardisation et la mono spécificité de tels
aménagements dont l’accompagnement végétal
systématique créé des coupures visuelles
contradictoires avec l’effet recherché,
la
banalisation végétale due à des espèces
jusque là très utilisées en bord de mer
pour leur résistance aux embruns, sans tenir compte de
leur caractère très envahissant. Citons en exemple
le pourpier halime d’origine américaine (Baccharis
halimifolia) qui envahit actuellement le delta de
La Leyre sur le bassin d’Arcachon.
Tout
aménagement autour d’un tel site doit être accompagné
d’informations pour renseigner le grand public sur ses intérêts,
sa légitimité. Il doit éviter tout bâti,
toute importante infrastructure touristique hôtelière
ou tout parc d’attraction qui saccageraient l’identité
naturelle très puissante du site. La côte morte
et les espaces de plaine limitrophes devraient d’ailleurs à
ce titre se garantir de toute urbanisation, de sorte à
maintenir l’enchaînement de paysages qui forme une des
principales qualités du site. Sur le plan paysager, l’aménagement
d’un môle correctement calculé pour les pêcheurs
et les touristes de passage, là aussi sans bâti
associé, ne serait pas dommageable, et permettrait probablement
au contraire une meilleure appréciation du site.
Au-delà
des dimensions écologiques, les motifs végétaux
sont utiles. Ils constituent un vecteur d'intégration
paysagère efficace à la condition que leur mise
en place ne soit pas "plaquée" mais adaptée.
-
Utiliser dans les projets les réseaux d'infrastructures
(canaux, chemins, routes) et leur(s) vocabulaire(s) propre(s)
notamment végétal(aux) pour mieux inscrire les
aménagements (quels qu'ils soient) dans l'écriture
de l'espace du marais et ce, afin de pérenniser la lisibilité
du territoire.
Veiller
à utiliser des essences adaptées ; elles sont
encore trop souvent "horticoles" et tendent par leur vigueur,
ou la nature même de leur espèce à "s’échapper"
dans le paysage.
-
Conforter les boisements et autres maillages bocagers de coteaux
(presqu'îles) autour des espaces de marais, en maintenant
l'équilibre des boisements et des ouvertures cadrées
sur le marais. Ces ponctuations boisées et traces de
bocage permettent en outre d'intégrer les nouvelles installations
(toujours s'assurer de la prise en compte des vues mutuelles
coteau/marais).
Mettre
en évidence les enchaînements d'espaces des différentes
séquences, les rythmes, les contrastes et transitions
à l'aide d'un vocabulaire végétal adapté
ainsi que du petit patrimoine bâti existant.
-
Utiliser au mieux le vocabulaire végétal (bosquets,
vergers, arbres isolés, haies...) dans les articulations
entre la campagne et les zones urbanisées (entrées
de villes, de villages…) et respecter la gradation des structures
végétales entre habitat et espaces naturels, campagne
et forêt,
-
Mettre en valeur les fenêtres et vues perceptibles depuis
la route en balcon, les cadrages, dégagements visuels,
points de vues panoramiques, affirmer les contrastes ouvertures
/ fermetures / basculements, aux passages d'un type de paysage
à un autre...
-
Encourager la qualité architecturale et paysagère
des installations agricoles, sans
camouflage ni déguisement, mais par le choix des emplacements,
des volumes, des matériaux, avec le concours des hommes
de l'art, c'est à dire en dépassant la stricte
fonctionnalité ; l'objectif est d'inscrire ces outils
de travail dans le paysage avec la volonté de contribuer
à une identité régionale valorisante.
A
l'occasion du plan de paysage, déterminer des enjeux,
définir des priorités, mener des actions.
La
présente étude d’atlas ne peut identifier toutes
les actions d’aménagement envisageables à l'échelle
locale. Les démarches de valorisation paysagère
liées aux infrastructures constituent néanmoins
une bonne accroche pour engager une démarche qualitative
sur les espaces, et ce pour deux raisons principales :
-
la sensibilité croissante de chacun vis à vis
de la dégradation paysagère par la surenchère
de publicités, et autres pré-enseignes…
-
la traversée de territoires aux visages et intérêts
différents, justifiant des modes d’interventions variés
le long d’un même axe, et offrant donc des séquences
paysagères variées au sein d’un parcours.
Les
terrains de caravaning sédentarisés commencent
à déclencher des polémiques. Le règlement
au cas par cas, par des actions de police, n’est pas une solution
véritable au problème du statut de l’espace. Seul
un plan de répartition au sein d’un schéma directeur
d’aménagement après concertation peut servir
de document de référence.
Il
permet de mettre en équilibre les aspirations justifiées
de tirer bénéfice du tourisme, et la qualité
globale des espaces de l’île, qui conditionne elle-même
l’activité touristique…
La
plupart de ces paysages sont orientés... Ils le sont
vers la mer, vers le marais…
-
Tenir compte des orientations géographiques et historiques
des territoires (ex.: re-développer la relation des sites
avec la mer, élément majeur de leur histoire).
La
production de référents, d'images sur l'architecture
et le paysage participe fortement à soutenir un mouvement
collectif autour de la qualité des espaces.
-
Encourager la qualité architecturale et paysagère
des installations ostréicoles (Seudre). La Direction
Départementale de L'Equipement diffuse un "guide de l'architecture
ostréicole" à cet effet.
-
Encourager la qualité architecturale et paysagère
des résidences et équipements touristiques implantées
sur les presqu'îles (elles cadrent le marais).
La
Gironde, l'une des franges paysagères régionales
des plus puissantes.
-
Entretenir et valoriser les points de vue élevés
sur le site : "fenêtres" depuis les coteaux, re-développer
la relation du site avec l'estuaire, élément majeur
de son histoire. Aménager des dispositifs d'accès
au rivage, aménager les aires de stationnement et de
repos en relation avec les caractéristiques du site.
C
- POUR LA GESTION ET L'ENTRETIEN
La
gestion des paysages agricoles et de l'eau autour du maintien
des prairies naturelles, de l'entretien et de la restauration
des canaux, de la gestion des espaces soumis à la déprise
(friche), de la végétation de bord de l'eau
(ripisylve) est aussi de nature à satisfaire une attente
touristique croissante d'espaces simples et authentiques.
Le développement du tourisme passe aussi par une valorisation
des paysages pour ce qu'ils sont : les préoccupations
touristiques rejoignent de plus en plus les préoccupations
agricoles, environnementales et paysagères.
Dans
les secteurs de marais par exemple :
-
garder la présence de l'eau le plus manifestement possible
; elle est nécessaire à l'identification du site
comme marais : observer le maintien de champs d'inondation temporaire,
la forme et densité du réseau hydrographique,
le maintien de la végétation rivulaire comme indicateur
de la présence de l'eau, en évitant le développement
de ligneux,
-
prendre en compte le marais dans sa globalité pour la
gestion de l'eau,
-
préserver l'échelle et la forme du parcellaire,
-
valoriser l'usage du marais comme pâture,
-
respecter le principe des tracés viaires épousant
la forme du parcellaire,
-
maintenir l'espace ouvert du marais : maîtriser le développement
et l'évolution des roselières, éviter les
plantations ou le développement de haies denses en bordures
de routes, proscrire la plantation d'arbres de rapport au cœur
du marais.
D
- POUR L'EVOLUTION DES MODES DE LECTURE, L'EVOLUTION
DU REGARD
Ces
actions spécifiques peuvent être ciblées
selon les secteurs de paysage considérés.
L'Anse de l'Aiguillon
C’est
un endroit où se justifierait pleinement un travail de
valorisation d’image : les beautés du site et sa lumière
spécifique, ses mouvements, méritent à
la fois la production d’images (photo, peinture, vidéo…)
et de meilleures conditions de visite. Une action concertée,
sans viser un tourisme de masse injustifié (et certainement
improbable), pourrait permettre une meilleure scénographie
du site.
Le
Marais Poitevin (marais desséchés / mouillés
hors Venise Verte) et le marais de Rochefort
Le
marais "futur" a besoin d’images mentales fortes pour s'inscrire
dans une mémoire collective, dans un projet partagé
par les différents acteurs. Le projet commun sur l’espace
et sur sa gestion doit être représenté en
même temps que pensé. Cette représentation
peut être menée avec des concepteurs (architectes,
paysagistes…) et / ou avec des artistes selon différentes
formes d’expression.
La
Côte d'Aunis, la presqu'île de Moëze…
-
Tenir compte du décalage paysager existant entre les
images préalables dominantes des côtes et ce qu'elles
sont réellement dans ces secteurs. Le cas du plan d’eau
de Port des Barques (presqu'île de Moëze) révèle
ce décalage paysager. Plutôt que de rechercher
des caractères étrangers au secteur, faire valoir
par la représentation et la promotion de ses véritables
spécificités, les paysages singuliers de ce type
de côte, et atténuer ainsi le décalage d’image
qui déclenche frustrations et travaux importants.
-
Développer au sein d'un projet global, les itinéraires
de découverte des paysages, du patrimoine architectural
et rural.
Les
marais de Rochefort et de Seudre
-
Promouvoir et diversifier le travail sur les représentations.
En faire le fondement des actions de promotion et d'animation
: signalétique, guides et dépliants. Soutenir
les activités d'agro-tourisme en même temps que
leur image… Enfin, pour être reconnu et apprécié,
le marais doit aussi être vu. La sauvegarde de son paysage
est liée à la découverte et à la
compréhension de ses richesses et de ses fragilités.
-
Imaginer d'autres clefs de découverte : pourquoi ne pas
s'appuyer sur les caractéristiques labyrinthiques des
marais de Seudre pour développer une découverte
ludique ?
Autres…
-
Développer au sein des projets de territoires des itinéraires
de découverte des paysages, du patrimoine architectural
et rural, des phares, balises et amers de la côte (presqu'île
d'Arvert).
-
Favoriser l'accueil du public et organiser la découverte
des milieux (Marais de Gironde).
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